Algérie et groupes jihadistes au Mali : une influence stratégique depuis 2001

Une analyse géographique révèle pourquoi le Mali occupe une place centrale dans les préoccupations algériennes. Les vastes étendues sahariennes, héritées de la décolonisation française, abritent les communautés touarègues. Pour Alger, la priorité reste d’empêcher toute émergence d’un territoire autonome dans le Nord malien en instrumentalisant les mouvements irrédentistes, afin de les discréditer et d’en conserver la maîtrise.

L’Algérie observe avec une vigilance extrême les dynamiques saharo-sahéliennes, car les crises naissantes dans cette zone menacent directement sa cohésion territoriale. Dès les premières années suivant son indépendance, elle a joué un rôle actif dans la région. En 1963-1964, lors du premier soulèvement touareg au Mali, le président Ben Bella autorisa l’armée malienne à traquer les rebelles jusqu’à 200 kilomètres à l’intérieur du territoire algérien, repoussant leur avancée jusqu’aux confins nordiques des terres des Kel Adrar.

Médiations algériennes et accords de paix : une constante depuis 1991

En janvier 1991, lors du deuxième conflit touareg, l’Algérie a orchestré les négociations entre le général Moussa Traoré et le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad) dirigé par Iyad ag Ghali. Ce dialogue a abouti à la signature de l’Accord de Tamanrasset les 5 et 6 janvier 1991, puis au Pacte national du 11 avril 1992. Pourtant, la paix n’a pas duré, et le 23 mai 2006 a éclaté le troisième soulèvement touareg au Mali. L’Algérie est alors intervenue pour faciliter la signature des Accords d’Alger, visant à rétablir la paix et le développement dans la région de Kidal.

«En transformant le Nord malien en pôle terroriste, l’Algérie a remporté un double avantage stratégique»

— Bernard Lugan

La quatrième révolte touarègue (2007-2009) a éclaté le 11 mai 2007, initiée par Ibrahim Ag Bahanga, qui fut soigné en Algérie après avoir été blessé. En 2009, il a dû se réfugier en Libye, où il a trouvé la mort dans un accident de voiture le 26 août 2011. Une accalmie relative s’est installée jusqu’en 2012, avant qu’un nouveau conflit n’éclate. Une fois encore, l’Algérie a joué un rôle clé : le 15 mai 2015, l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger a été signé, bien que les combats persistent, Bamako refusant de répondre aux aspirations touarègues. L’objectif algérien, lui, est resté inchangé : empêcher toute sécession ou revendication territoriale des Touaregs.

Une stratégie algérienne pour contrer l’autonomie touarègue

Les non-dits de cette politique se dévoilent progressivement. Comme l’a souligné Karim Serraj dans son analyse «Général Hassan, l’ombre algérienne sur le Mali», cette approche éclaire des événements autrefois incompris. L’Algérie considère le Nord malien comme une zone stratégique vitale, craignant une contamination de ses propres communautés touarègues. C’est pourquoi elle exploite les groupes jihadistes pour contrer toute velléité d’autonomie dans cette région, selon la définition de Serraj : «une tactique de création d’un foyer géopolitique maîtrisable».

Depuis 2001, certains groupes islamistes, officiellement combattus par les forces algériennes, se sont installés au Mali, notamment dans les zones touarègues. Leur équipement militaire aurait été fourni par le DRS algérien. En les utilisant comme leviers, Alger a marginalisé le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), dont une victoire aurait pu inspirer ses propres minorités. En diabolisant le Nord malien sous l’étiquette de terrorisme, l’Algérie a atteint deux objectifs :

  • Elle a protégé ses frontières d’une contagion interne.
  • Elle s’est positionnée comme rempart contre le jihadisme, masquant les revendications touarègues derrière les symboles du radicalisme.