assassinat ciblé d’un boucher à Tonka : les jihadistes du Jnim frappent encore

Abdoulaye Tandina, surnommé affectueusement Badou « Wayé » par les habitants de Tonka, était une figure respectée de cette localité de la région de Tombouctou. Ce boucher d’origine, installé depuis plus de quarante ans, avait marqué la communauté par son engagement et sa bienveillance. Son assassinat, perpétré hier soir au crépuscule, a plongé la ville dans l’incompréhension.
Vers 18 heures, des individus armés ont enlevé Abdoulaye Tandina sur la place publique du marché, où il exerçait son métier. Quelques minutes plus tard, il était exécuté sommairement au bord d’une route, sous les yeux horrifiés des passants. Son corps sans vie a été retrouvé dans un état de violence extrême, selon les témoignages recueillis sur place.
Issu d’une famille de bouchers de Tombouctou, il avait choisi Tonka comme terre d’accueil et y avait bâti une réputation d’homme généreux. Bien qu’il ait occupé par le passé le poste de chef des bouchers de la ville, il ne détenait plus cette fonction, précise un proche. Sa fille, toujours en poste à Tombouctou, est dévastée par cette perte, incapable de trouver les mots pour exprimer son chagrin.
Des assassinats ciblés qui se multiplient
Depuis novembre 2025, Tonka est le théâtre d’une série d’assassinats ciblés attribués aux groupes jihadistes. En novembre, Mariam Cissé, une jeune tiktokeuse connue pour son soutien public à l’armée malienne, avait été exécutée en pleine rue, choquant l’ensemble du pays. En mars de cette année, c’est un responsable local de l’association des jeunes de la commune qui tombait sous les balles. Puis, en juin, un maître coranique a également été abattu, sans que les autorités ne réagissent publiquement.
Pourtant, Abdoulaye Tandina n’affichait aucune conviction politique apparente. Son entourage se demande avec effroi pourquoi les jihadistes du Jnim l’ont pris pour cible. Un membre de sa famille révèle qu’il était cousin de l’actuel chef de la délégation spéciale de Tombouctou, une fonction qui pallie l’absence d’élections locales. Mais ce lien familial ne suffit pas à justifier une telle violence, s’interrogent les habitants.
À Tonka, la peur s’installe. Les habitants hésitent à s’exprimer, craignant des représailles. Les autorités locales et militaires, sollicitées à plusieurs reprises, restent muettes, laissant la population dans l’ignorance et l’angoisse.