Une avocate burkinabè injustement condamnée et détenue
Le Burkina Faso fait face à une nouvelle affaire alarmante de violation des droits fondamentaux. Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate et défenseure des droits humains, a été condamnée à une année de prison ferme et à une amende d’1 million de F.CFA (environ 1 525 euros) pour deux chefs d’accusation : « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées ». Ces accusations découlent de publications sur son compte Facebook, dans lesquelles elle critiquait ouvertement les dysfonctionnements du système judiciaire et les atteintes aux libertés fondamentales au Burkina Faso.
Condamnée lors d’une audience à huis clos le 10 novembre 2025 par le tribunal de grande instance de Ouagadougou, elle a fait appel de cette décision. Malgré cette condamnation, elle reste actuellement détenue au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou, où elle bénéficie d’un accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires.
Un parcours marqué par l’engagement et la défense des droits
Ancienne substitut du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso et Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou (nommée en 2019), Maître Ini Benjamine Esther Doli est inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet 2024. Son combat s’inscrit dans la défense des droits humains, la liberté d’expression et la protection des victimes de violations des droits fondamentaux.
Sur les réseaux sociaux, elle dénonçait régulièrement les violences arbitraires, les enlèvements, les intimidations et les entraves à l’indépendance de la justice au Burkina Faso. Ses publications mettaient en lumière des cas concrets de citoyens victimes de violations, tout en appelant à une justice plus transparente et indépendante.
Une arrestation et une détention arbitraires
Maître Ini Benjamine Esther Doli a été enlevée dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, vers 1h30, à son domicile à Ouagadougou. Des individus armés, se présentant comme des gendarmes, l’ont conduite de force hors de son logement, peu après son retour d’un voyage à l’étranger. Juste avant son enlèvement, elle avait partagé sur Facebook un commentaire critique envers les autorités, évoquant la comparaison entre l’héritage de Thomas Sankara et la situation actuelle au Burkina Faso : « Feu Thomas Sankara a fait sa révolution mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions mais ne se substituait pas à la justice pour faire du n’importe quoi et brutaliser son peuple. »
Cette publication a été la dernière avant sa disparition forcée. Depuis, elle est détenue sans base légale solide, dans un contexte où les autorités militaires au pouvoir répriment systématiquement les voix dissidentes.
Un climat de répression généralisée contre les défenseurs des droits humains
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de musellement de la société civile au Burkina Faso. Plusieurs autres défenseurs des droits humains, journalistes et militants ont été victimes d’enlèvements, de disparitions forcées ou de détentions arbitraires ces derniers mois. Parmi eux :
- Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, toujours détenu arbitrairement depuis son arrestation en janvier 2024 pour « complot et association de malfaiteurs ».
- Amadou Sawadogo, membre du Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 avant d’être libéré le 26 mai 2025.
- Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du Balai citoyen, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu.
- Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.
- Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 et 21 juillet 2025.
Ces cas illustrent une stratégie systématique de répression visant à étouffer toute critique envers les autorités militaires en place.
Appel à la mobilisation internationale
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (partenariat entre la FIDH et l’OMCT) condamne fermement la condamnation et la détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli. Ces mesures visent clairement à la punir pour l’exercice légitime de sa liberté d’expression et son engagement en faveur des droits humains.
Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso sont appelées à :
- Libérer immédiatement et inconditionnellement Maître Ini Benjamine Esther Doli et l’ensemble des défenseurs des droits humains arbitrairement détenus.
- Mettre fin à tout harcèlement, y compris judiciaire, envers les défenseurs des droits humains et les journalistes.
- Garantir le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
- Ouvrir une enquête pour identifier les responsables de l’enlèvement et des disparitions forcées de Maître Ini Benjamine Esther Doli et des autres victimes.
Actions requises :
Pour faire entendre votre voix, nous vous invitons à écrire aux autorités suivantes afin de demander la libération de Maître Ini Benjamine Esther Doli et la fin des persécutions :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II), @CapitaineIb22
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre du Burkina Faso, @J_E_Ouedraogo
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice, des Droits humains et des Relations avec les institutions, Garde des Sceaux, [email protected]
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères, [email protected], @JeanMarieTraore
- Commission nationale des droits humains du Burkina Faso, [email protected], @BurkinaCndhX
- Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’ONU à Genève, [email protected]
- Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’ONU à New York, [email protected]
- Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’Union africaine, [email protected]
Nous vous encourageons également à interpeller les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs.
Informez l’Observatoire de toute action entreprise en mentionnant le code de cet appel.
Pour contacter l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains :
- Email : [email protected]
- Tél. FIDH : +33 1 43 55 25 18
- Tél. OMCT : + 41 22 809 49 39