Romuald Wadagni, futur président du Bénin à 50 ans, a officiellement pris ses fonctions ce dimanche pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois. Son investiture s’est déroulée dans l’intimité du palais présidentiel de Cotonou, capitale économique du pays.

une élection sans suspense et des promesses ambitieuses

Élu lors d’un scrutin où il n’a affronté qu’un adversaire marginal, Paul Hounkpè, dont le parti a finalement rejoint la majorité, Romuald Wadagni a prêté serment devant une assemblée restreinte. « Une croissance doit se traduire par des bénéfices concrets pour chaque citoyen », a-t-il déclaré lors de son discours inaugural, rendant hommage à son prédécesseur tout en rappelant les engagements phares de sa campagne.

S’adressant directement à la jeunesse béninoise, il a lancé : « Le Bénin place sa confiance en vous. Votre réussite par le travail, ici même, sera notre priorité absolue. »

sécurité et diplomatie : les défis immédiats

Le nouveau président devra poursuivre les réformes économiques initiées sous Patrice Talon, dont il fut le ministre des Finances pendant plus d’une décennie. Son expertise dans la gestion des finances publiques a permis de réduire le déficit à 3 % du PIB et de lancer des projets d’infrastructures majeurs.

Cependant, la menace jihadiste dans le nord du Bénin exige une réponse ferme. « L’État ne cédera ni à la peur ni à la division. Notre unité et notre sécurité seront défendues sans compromis », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité d’une collaboration régionale renforcée avec les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso.

Romuald Wadagni, francophile assumé, devra aussi apaiser les tensions diplomatiques avec les juntes sahéliennes, accusant parfois le Bénin de déstabilisation. Une réconciliation symbolisée par la présence du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine à la cérémonie d’investiture, aux côtés des représentants du Burkina Faso et du Mali.

libertés publiques et héritage controversé

Ses premières décisions en matière de droits fondamentaux seront particulièrement observées. Patrice Talon, son prédécesseur, est en effet critiqué pour un durcissement du régime, marqué par des emprisonnements d’opposants et des restrictions à la presse. Une ONG internationale a d’ailleurs appelé Romuald Wadagni à « inscrire la liberté de la presse parmi les priorités de son mandat », en libérant les journalistes détenus.

un parcours marqué par l’expertise et la discrétion

Né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du Bénin, Romuald Wadagni est issu d’une famille d’intellectuels : son père, Nestor, était économiste, et sa mère, entrepreneure. Bien qu’ayant effectué une grande partie de sa carrière à l’étranger — études en finance à Grenoble, formation à Harvard et passage chez Deloitte —, il n’a jamais rompu avec ses racines. Propriétaire d’une exploitation agricole qu’il gère personnellement, il cultive une image proche du terrain.

Après avoir intégré le cabinet de Patrice Talon en 2016, il a piloté des réformes économiques majeures, propulsant le Bénin parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, avec une croissance annuelle moyenne dépassant les 6 %. Réélu en 2021, Talon l’a maintenu à son poste, puis promu ministre d’État, confirmant sa confiance dans son leadership.

un leadership sobre et pragmatique

Certains observateurs soulignent sa discrétion politique, qu’ils considèrent comme un atout dans un contexte où l’efficacité prime sur le discours. « Wadagni incarne une nouvelle génération de dirigeants, moins dans les mots que dans les résultats », analyse Lucien Fayomi, militant engagé à ses côtés. Son rassemblement au-delà des clivages partisans, y compris parmi d’anciens opposants, renforce cette perception.

Le Bénin entre désormais dans une période de stabilité électorale, avec tous les scrutins nationaux et locaux regroupés sur une même année, conformément à la réforme constitutionnelle en vigueur.