Une nouvelle orientation politique pour le Burkina Faso

Le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a adressé un message sans équivoque à ses concitoyens lors d’une interview télévisée : le concept de démocratie doit être mis de côté. Arrivé à la tête du pays suite à un putsch en septembre 2022, le second en l’espace de huit mois, il a clairement défini sa vision pour l’avenir de la nation.

Le processus de transition politique, qui devait initialement se conclure par des élections en juillet 2024 après un premier coup d’État en janvier 2022, a été radicalement modifié. En effet, le pouvoir militaire a validé une charte prolongeant son mandat de cinq années supplémentaires à partir de cette date. Ce texte autorise également le capitaine Traoré à briguer des mandats lors des futures élections présidentielles, législatives et municipales.

Cette décision s’inscrit dans une série de mesures fortes qui modifient la société Burkina politique, incluant la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) en octobre 2025 et, plus récemment, celle des partis politiques dont les activités étaient déjà en suspens.

« La question des élections n’est pas à l’ordre du jour (…) il est nécessaire que les gens mettent de côté l’idée de démocratie, car elle ne nous correspond pas », a martelé le capitaine Ibrahim Traoré sur la RTB, la radiotélévision d’État. Il avait déjà affirmé l’an dernier : « Nous ne vivons pas en démocratie ».

Précisions sur la situation nationale et internationale

Cet entretien-fleuve de plus de deux heures, un événement médiatique notable, a vu le dirigeant répondre aux questions de journalistes locaux et internationaux, parmi lesquels figuraient la Rai italienne et la chaîne britannique Sky News. L’accès à une information citoyenne au Burkina a été complexifié depuis l’arrivée du régime militaire, qui a pris ses distances avec les nations occidentales, notamment la France. De nombreux médias internationaux ont vu leur diffusion suspendue ou interdite, et plusieurs de leurs correspondants ont été expulsés.

Au cours de cette même intervention, Ibrahim Traoré a abordé la situation de son prédécesseur, l’ancien lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, qui avait lui-même pris le pouvoir lors du putsch de janvier 2022. Accusé d’avoir orchestré plusieurs tentatives de coup d’État et poursuivi pour des faits de corruption, Paul Henri Sandaogo Damiba a été récemment remis aux autorités burkinabè par le Togo, suite à une demande d’extradition de Ouagadougou.

« Il a été présenté à un juge (…) il est désormais sous la responsabilité de la justice », a confirmé le capitaine Traoré. Ce volet de l’actualité burkinabè se déroule dans un contexte sécuritaire très dégradé, le pays faisant face depuis une décennie à des violences jihadistes ayant causé des milliers de victimes.

Interrogé sur les accusations d’ONG concernant des exactions commises par l’armée nationale et ses auxiliaires, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), contre des civils, Ibrahim Traoré a rejeté ces allégations, arguant de « l’absence de preuves ». Concernant les alliances stratégiques, le chef de l’État a précisé que si la Russie, partenaire du Burkina Faso, livre du matériel militaire, « aucune force étrangère ne forme l’armée burkinabè ». Il a insisté sur le fait que « sur le terrain, le combat est mené exclusivement par les soldats burkinabè ».