Le 2 juin 2026, un décret présidentiel signé par Paul Biya a officiellement renouvelé les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), un organe clé de la justice camerounaise. Pourtant, cette initiative administrative, bien que nécessaire, soulève une question cruciale : suffit-elle à briser six années de paralysie institutionnelle ?

Six ans sans réunion, sans décision, sans la moindre activité. Depuis 2020, le CSM, chargé des carrières, des promotions et des sanctions des magistrats, a fonctionné au ralenti, laissant des centaines de dossiers en suspens. Des magistrats en attente d’intégration, des promotions bloquées, des procédures disciplinaires en veille forcée : le bilan est lourd.

Ce décret change-t-il la donne ?

Le document présidentiel, publié ce 2 juin 2026, met fin à une période d’incertitude juridique en renouvelant partiellement la composition du CSM. Dix des quatorze membres titulaires sont reconduits, tandis que quatre nouveaux visages intègrent le collège des suppléants. Pourtant, ce remaniement à la marge laisse planer des doutes sur la capacité réelle de l’institution à se réinventer.

Une institution constitutionnelle en veille prolongée

Le CSM, présidé par le chef de l’État, incarne en théorie le garant de l’indépendance de la magistrature. En pratique, depuis 2020, ses sessions se font rares. Les dernières réunions significatives remontent à la période pré-pandémie. Depuis, c’est le silence. Les dossiers s’accumulent : intégrations, promotions, affectations et sanctions attendent une issue, souvent pendant des années.

Une chronologie révélatrice de l’inertie

  • 2020 : Dernières activités notables avant une lente asphyxie.
  • 2021-2024 : Accumulation des dossiers non traités, carrières au point mort.
  • 2025 : Expiration des mandats sans renouvellement immédiat, plongeant le CSM dans une zone grise juridique.
  • 2 juin 2026 : Publication du décret, mais sans garantie de reprise des activités.

Un décret, mais quelles perspectives ?

Le texte officiel annonce de nouveaux visages au sein du CSM, mais il reste muet sur l’essentiel : quand la première session se tiendra-t-elle ? Comment les dossiers accumulés seront-ils traités ? Aucune communication n’évoque un calendrier de travail ou des mesures pour éviter une nouvelle paralysie.

Le problème ne se limite pas à l’expiration des mandats. Il réside dans l’absence de fonctionnement régulier. Une institution dépendante de la volonté politique pour exister ne peut garantir l’indépendance de la justice.

La justice camerounaise attend plus qu’un simple décret

Les magistrats, les justiciables et les observateurs attendent des actes concrets : des sessions effectives, un examen des promotions bloquées, un traitement des procédures disciplinaires en souffrance. Le CSM doit devenir une réalité fonctionnelle, au service d’une justice de qualité.

Le vrai test ne sera pas la publication du Journal Officiel, mais la date de la prochaine réunion du Conseil. C’est cette échéance qui déterminera si le Cameroun tourne définitivement la page de six années d’inertie.