Le président Paul Biya reste éloigné du Cameroun depuis le 7 juin, alimentant de vives spéculations au sein de la nation. Son absence prolongée ravive les questions sur son état de santé et les scénarios de succession à la tête de l’État. Des récents remaniements au sein de l’armée, notamment des nominations d’officiers clés, sont perçus par le journaliste et auteur camerounais Jean-Bruno Tagne, co-directeur de la web-TV Naja, comme un potentiel « verrouillage sécuritaire ».

Paul Biya absent depuis deux mois : les interrogations s’intensifient au Cameroun

Des nominations militaires qui suscitent l’interrogation

Le 3 août, un décret présidentiel a désigné plusieurs officiers généraux à des fonctions stratégiques au sein de la hiérarchie militaire camerounaise. Parmi ces promotions notables, le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo a été placé à la tête de la garde présidentielle, une première pour un officier de ce grade. Ces décisions surviennent alors que Paul Biya est hors du pays depuis près de soixante jours. Jean-Bruno Tagne s’interroge sur la temporalité de ces nominations. Il explique que « bien qu’aucune justification officielle n’ait été fournie, beaucoup interprètent ces changements comme des manœuvres préparatoires à la succession de Paul Biya à la présidence du Cameroun ». Le journaliste suggère que ces mouvements pourraient viser à renforcer le dispositif de sécurité du pouvoir en prévision d’une possible transition. « Il est largement admis qu’un verrouillage sécuritaire est en cours, potentiellement en attente de la désignation du vice-président, un poste introduit par une récente révision constitutionnelle », précise-t-il.

La fonction de vice-président au cœur des spéculations

La récente réforme constitutionnelle a instauré le rôle de vice-président, dont la mission serait d’assurer l’intérim de la présidence en cas de vacance du pouvoir et de mener le mandat à son terme. Cette perspective est source de critiques au Cameroun, comme le souligne Jean-Bruno Tagne. Il craint qu’un président non directement élu par les citoyens camerounais puisse engendrer des tensions. « C’est une fonction d’une importance capitale, et si un tel scénario se concrétisait, les Camerounais se retrouveraient avec un président qu’ils n’auraient pas choisi par les urnes ». Dans ce contexte, le journaliste estime que le pouvoir en place pourrait chercher à consolider son appareil sécuritaire avant la nomination du vice-président. « Il est plausible, conscient de cette réalité et du désaccord persistant des Camerounais concernant ce poste de vice-président, que l’on cherche à organiser ce verrouillage sécuritaire avant sa désignation ».

Une absence de deux mois alimentant les rumeurs

Âgé de 93 ans, Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », selon les informations de la présidence. Depuis cette date, aucune communication officielle n’a précisé son lieu de résidence ou son emploi du temps. Cette opacité nourrit les doutes, d’après Jean-Bruno Tagne. « Cette fois, son absence suscite de nombreuses interrogations. Étant donné son âge avancé, beaucoup se demandent s’il est en bonne santé, où il se trouve, et même s’il est toujours en vie ». Pour sa part, le gouvernement camerounais dément toute détérioration de l’état de santé du président et assure son prochain retour au pays.

Jean-Bruno Tagne : « Ma conviction est que le président Biya ne se porte pas très bien »

Interrogé sur son analyse personnelle, Jean-Bruno Tagne exprime une conviction. « Je suis convaincu que le président Biya ne se porte pas très bien. Des rumeurs circulent selon lesquelles il aurait subi une intervention chirurgicale et serait en phase de rééducation. C’est ma conviction profonde ». Il met en lumière le flou institutionnel entourant les absences prolongées du chef de l’État. Selon lui, aucune disposition légale ne limite la durée du séjour du président camerounais à l’étranger. « Le président de la République pourrait demeurer six mois à l’étranger sans qu’aucun problème juridique ne se pose. Aucune loi ne fixe de limite à la durée de son séjour hors du pays ». Pour le journaliste, cette situation révèle les lacunes du cadre institutionnel camerounais. « C’est une réalité préoccupante pour le Cameroun, car il est difficile pour les citoyens d’obtenir des informations fiables sur la situation exacte du président de la République ». Tandis que l’absence de Paul Biya se prolonge et que des changements majeurs s’opèrent au sein de l’appareil sécuritaire, les spéculations sur la succession à la tête du Cameroun devraient continuer d’animer le débat politique.