Au Burkina Faso, chaque femme peut désormais se faire dépister contre le cancer du col de l’utérus

Ouagadougou – La peur de la maladie et l’absence de soins accessibles ont longtemps freiné les femmes du Burkina Faso face au cancer du col de l’utérus. Pourtant, aujourd’hui, des milliers d’entre elles bénéficient d’un dépistage gratuit grâce à une stratégie nationale innovante. Leur témoignage révèle une avancée majeure dans la lutte contre cette pathologie, l’une des plus meurtrières pour les femmes dans le pays.

Avant cette initiative, moins de 8 % des femmes burkinabè pouvaient accéder à un dépistage. Les distances à parcourir, le coût des soins et le manque de sensibilisation rendaient la situation critique, surtout en milieu rural. Les femmes devaient souvent abandonner leurs activités quotidiennes pour se rendre dans des centres de santé éloignés, sans garantie de trouver des professionnels formés sur place.

Une stratégie nationale pour briser les barrières

Le gouvernement burkinabè a pris des mesures radicales pour rendre les soins accessibles à toutes. Le professeur Nayi Zongo, coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique : « Un décret a été adopté pour rendre gratuits le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses. Des centres périphériques ont été équipés, et des cliniques mobiles ont été déployées pour rejoindre les femmes là où elles se trouvent. »

Ces cliniques mobiles sillonnent désormais les villages, les marchés et les fermes, permettant aux femmes de se faire dépister sans interrompre leurs activités. « Le dépistage se rapproche des communautés, leur offrant la possibilité de préserver leur santé sans sacrifier leur quotidien », ajoute le Pr Zongo.

Une approche globale pour changer les mentalités

La stratégie burkinabè repose sur trois piliers : la gratuités des soins, l’accessibilité géographique et la mobilisation communautaire. Des campagnes de sensibilisation ont été menées à travers des spots télévisés et radiodiffusés, ainsi que lors d’événements comme « Octobre Rose ». Une coalition nationale contre le cancer a également été créée, associant la société civile, les leaders locaux et les médias pour encourager la prévention.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé en fournissant un soutien technique, en formant des professionnels de santé et en accompagnant la mobilisation sociale. « L’OMS a renforcé nos capacités pour garantir que chaque femme, où qu’elle vive, puisse accéder à ces services essentiels », déclare le Pr Zongo.

Des résultats concrets et des vies sauvées

En seulement un an, de octobre 2024 à septembre 2025, le Burkina Faso a organisé 468 sorties de cliniques mobiles. Ces missions ont permis de toucher près de 2 millions de femmes, d’effectuer 106 446 dépistages, de traiter 715 lésions précancéreuses et de réaliser 113 examens approfondis. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques : ils représentent des vies sauvées et des familles protégées.

Pour le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, cette réussite est un modèle pour l’Afrique. « Le Burkina Faso prouve qu’avec une volonté politique ferme et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles qui paraissaient insurmontables. La suppression des barrières financières et géographiques inspire d’autres pays à suivre cette voie. »

Le témoignage d’Awa : une histoire qui inspire

Awa, 48 ans et mère de six enfants, raconte son expérience : « Nous cultivons nos champs, vendons nos légumes au marché et gérons nos foyers. Quand j’ai appris que des agents de santé venaient pour un dépistage gratuit, j’ai eu peur. Mais les témoignages des autres femmes m’ont rassurée. Le jour du test, tout était expliqué clairement. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai ressenti un immense soulagement. Aujourd’hui, je conseille à toutes les femmes de se faire dépister. Plus tôt on détecte la maladie, plus le traitement est simple. »

Pour de nombreuses femmes, ces cliniques mobiles représentent bien plus qu’un service médical : elles offrent la première occasion d’entendre parler du cancer du col de l’utérus, de comprendre ses risques et de réaliser qu’il peut être évité. Cette prise de conscience est une étape cruciale vers la prévention et la prise en charge précoce.

Au-delà de la santé, cette initiative incarne une avancée sociale : la santé devient un droit accessible à toutes, et non un privilège. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village porte ce message fort : le droit à la santé est une réalité au Burkina Faso.