Centrafrique : la torture sous l’emprise des forces de l’ordre et de Wagner
Chaque année, la Journée des victimes de torture en Centrafrique révèle l’horreur d’un système où dénoncer les bourreaux revient à signer son arrêt de mort. En République centrafricaine, les exactions des mercenaires de Wagner, des Forces armées centrafricaines (FACA) et des forces de l’ordre, dont le tristement célèbre commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa, se multiplient avec une impunité totale.
Les preuves s’accumulent : vidéos de tortures publiées par Wagner, témoignages étouffés, disparitions inexpliquées. Pourtant, les autorités centrafricaines préfèrent parler de « montages » et accuser les victimes d’être des « ennemis de la République ». Dans ce climat de terreur, où la justice n’existe pas, qui osera encore lever la voix ?
Bangui : Yarkokpa, le bourreau en uniforme
À Bangui, le commandant Yarkokpa incarne cette impunité. En 2025, il a agressé violemment le policier Ouadole Freddy, menotté et battu à coups de machette à l’aéroport de Bangui-Mpoko, simplement parce que ce dernier avait dénoncé ses trafics de drogue. En 2023, il a fait arrêter sans preuve les soldats Dongomalé Dieubeni et Selekoy Tanguy, avant d’orchestrer leur radiation grâce à ses liens avec le ministre de la Défense, Claude Rameau Bireau.
Plus récemment, c’est Jefté Ngaïndiro, un jeune du quartier Combattant, qui a été victime de ses méthodes. Accusé à tort du vol de 9 millions de FCFA, il a été enlevé, torturé et dépouillé de sa moto et de 150 000 FCFA. Relâché sans recours, il représente le sort de milliers de Centrafricains broyés par un système judiciaire corrompu.
Zémio : la chasse aux témoins de la répression
Dans la ville de Zémio, au Haut-Mbomou, la répression est tout aussi brutale. Le conseiller municipal et professeur d’histoire-géographie Tisso René a été enlevé le 15 mai 2025 par des gendarmes et des FACA, puis remis aux mercenaires de Wagner. Depuis, il a disparu, probablement victime d’une exécution extrajudiciaire. Son fils, Tisso Grâce, revenu de RDC, a été capturé et torturé « presque à mort » pour avoir dénoncé sa disparition à la radio.
Les témoins sont traqués, comme Narcisse, surnommé Nara, un commerçant qui a dû fuir dans la brousse après avoir été menacé par les gendarmes. Ces exactions visent à étouffer toute velléité de résistance dans une région où la peur règne en maître.
Une justice paralysée, un gouvernement complice
À Bangui, les plaintes s’accumulent au tribunal, mais aucune n’aboutit. Un greffier avoue sans détour : « On ne peut pas traiter ces dossiers. Ils sont classés confidentiels. » Les autorités qualifient les vidéos de tortures de « montages », comme celle diffusée par Wagner en février 2025 à Ippy, où un jeune Centrafricain est battu dans une maison délabrée. En 2024, des exécutions sommaires filmées n’ont même pas ému les plus hautes instances.
Le gouvernement, loin de sanctionner les coupables, protège les bourreaux qu’il a lui-même invités dans le pays. Les victimes, qu’elles soient anonymes ou figures locales, n’ont aucun recours. Leur seul crime ? Avoir osé dénoncer l’inacceptable.
Yarkokpa, l’architecte d’un empire criminel
Le commandant Yarkokpa n’est pas qu’un simple tortionnaire : il est le cerveau d’un vaste réseau criminel. Ancien milicien anti-balaka, il a su s’infiltrer dans les rangs de la gendarmerie malgré son analphabétisme notoire. Il contrôle des trafics de drogue, d’alcool frelaté et de faux billets, et n’hésite pas à voler des négociants étrangers, comme en juin 2024 où il a dérobé 800 millions de FCFA en or et diamants à deux Franco-Algériens.
Ses victimes, comme l’adjudant Kparambéti, emprisonné pour avoir révélé ses agissements, sont impuissantes. Yarkokpa jouit d’une impunité totale, protégée par ses liens avec le ministre de la Défense et le président de la République.
Un peuple réduit au silence
En Centrafrique, dénoncer la torture est un acte de folie. Les victimes — Tisso René, Tisso Grâce, Jefté Ngaïndiro, Ouadole Freddy — sont abandonnées, leurs cris étouffés par la peur et l’indifférence. Les forces de l’ordre, les FACA et les mercenaires de Wagner règnent en seigneurs, tandis que le gouvernement nie systématiquement les preuves.
Dans ce pays où la justice est un leurre, une question reste sans réponse : qui prendra la parole pour les suppliciés ? Pour l’instant, personne.