Le 24 mai 2021, le Mali basculait dans une nouvelle ère politique après le coup d’État mené par le colonel Assimi Goïta. Cinq ans plus tard, le pays se retrouve face à un tableau contrasté : une partie de la population continue de soutenir le régime militaire, malgré les critiques croissantes. Pourtant, les défis sécuritaires, économiques et sociaux s’accumulent, rendant le bilan du pouvoir actuel particulièrement complexe.

Une répression en hausse et des libertés sous pression

Depuis 2021, la situation au Mali en matière de libertés fondamentales s’est dégradée. Les voix critiques se font plus rares, et les journalistes, les opposants politiques ou les défenseurs des droits humains subissent des pressions accrues. Les arrestations arbitraires et les exils forcés de personnalités dissidentes illustrent cette montée de la répression. Pourtant, malgré ces restrictions, des discussions subsistent dans l’ombre, signe d’une résistance discrète mais tenace.

L’insécurité, toujours au cœur des préoccupations

L’objectif affiché par le régime militaire était de mettre fin à la menace djihadiste qui gangrène le pays depuis près de dix ans. Pourtant, la situation sur le terrain reste alarmante. Les groupes armés comme le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) contrôlent toujours de vastes territoires, notamment dans le nord. Les attaques récentes, comme celle de fin avril 2026, ont rappelé la vulnérabilité de l’État malien face à ces groupes.

Les mercenaires russes, qui devaient apporter un soutien décisif, se sont retirés sans avoir réellement engagé le combat. Leur présence, marquée par des méthodes brutales, a plutôt aggravé les tensions. Quant à l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso, elle peine à concrétiser ses promesses de solidarité. Les déclarations enflammées ne suffisent pas à masquer les faiblesses structurelles de ces trois pays, parmi les plus pauvres au monde.

Un soutien populaire ambigu

Malgré les critiques, une frange importante de la population malienne continue de soutenir Assimi Goïta. Pourquoi ? Parce que les alternatives semblent tout aussi inquiétantes. Les jeunes, en particulier, se méfient des anciennes élites politiques, souvent associées à la corruption et à la dépendance vis-à-vis de l’Europe. Les réseaux sociaux, envahis de propagande pro-régime, renforcent cette adhésion, même si une partie des informations diffusées est manipulée.

Les attaques de fin avril ont montré l’absence de mobilisation contre le gouvernement. Les Maliens, résignés, préfèrent éviter un chaos encore plus grand. Le risque d’une prise de pouvoir par les djihadistes est bien plus redouté que la répression actuelle.

Quelles solutions pour l’avenir ?

Face à cette impasse, les pistes de sortie se font rares. Certains experts, comme Ulf Laessing, directeur du programme Sahel à la fondation Konrad Adenauer, évoquent la nécessité d’un dialogue avec les factions djihadistes modérées. L’idée n’est pas de céder aux exigences extrémistes, mais de trouver des compromis sur des enjeux locaux, comme l’accès à l’eau ou à la terre.

Le cas de la Mauritanie, qui a combiné répression et concessions pour stabiliser sa situation, est souvent cité en exemple. Réduire les excès religieux tout en maintenant un État laïc pourrait être une voie à explorer. Cependant, une telle approche nécessite une volonté politique forte et une crédibilité retrouvée de l’État, deux éléments aujourd’hui en déficit.

En attendant, la population malienne continue de subir les conséquences d’une crise multidimensionnelle. La vie quotidienne devient de plus en plus difficile, et l’espoir d’un avenir meilleur semble s’éloigner, malgré les discours optimistes des autorités.