La campagne d’exportation du cacao ivoirien, lancée sur une dynamique exceptionnelle avec plus d’un million de tonnes déjà commercialisées pour la récolte 2026-2027, pourrait subir un sérieux contretemps si le phénomène climatique El Niño se confirme dès juillet. Les acteurs de la filière et les traders s’alarment de ses potentielles conséquences sur les cultures cacaoyères, déjà fragilisées par des enjeux structurels.

Pour anticiper une possible surchauffe du marché, le Conseil du Café et du Cacao (CCC), basé à Abidjan, a relevé sa prime de vente supplémentaire passant de zéro à 135 dollars par tonne au-dessus du prix à terme, selon des informations sectorielles fiables. Cette décision reflète à la fois la forte demande actuelle et la volonté de réguler les stocks avant l’ouverture officielle de la nouvelle saison, prévue le 1er septembre.

« Nous avons déjà écoulé entre 950 000 et 1 million de tonnes pour la prochaine campagne, mais nous avons choisi de modérer le rythme pour éviter les excès », confie une source interne au CCC. Les opérateurs de négoce, eux, tablent sur des exportations comprises entre 1,1 et 1,2 million de tonnes, justifiant cette anticipation par la capacité du marché à absorber ces volumes sans ajustement à la baisse des primes.

Cependant, cette embellie pourrait être compromise par les effets d’El Niño, susceptible de provoquer des sécheresses dans les principales zones de production, notamment en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Cameroun et au Nigeria. Ces conditions climatiques défavorables menaceraient directement les rendements cacaoyers, déjà sous pression.

Plus inquiétant encore, les professionnels pointent du doigt d’autres risques majeurs pour 2027 : le vieillissement des plantations et l’accès limité aux intrants. « Le vrai danger ne vient pas d’El Niño, mais de la raréfaction des engrais et des produits phytosanitaires, ainsi que du manque d’entretien des exploitations. Beaucoup de cacaoyers ivoiriens sont âgés et vulnérables aux maladies », alerte le dirigeant d’une entreprise d’exportation à Abidjan.