La dégradation des conditions de sécurité et l’accès limité à l’assistance humanitaire aggravent la précarité des populations les plus vulnérables du Mali.
Près d’un million d’enfants de moins de 5 ans au Mali pourraient sombrer dans une malnutrition aiguë d’ici fin 2023, en raison des violences persistantes, des déplacements forcés et des restrictions imposées à l’aide internationale. Parmi eux, au moins 200 000 risquent de décéder faute d’intervention rapide.
La situation humanitaire s’aggrave : un quart de la population malienne subit une insécurité alimentaire modérée ou grave. Une première dans le pays, où la région de Menaka compte plus de 2 500 personnes, dont une majorité d’enfants, en passe de sombrer dans la famine.
Cette alerte intervient alors que des responsables de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM) se sont rendus sur place pour réaffirmer leur soutien aux populations locales, en collaboration avec les autorités et les acteurs humanitaires.
« Le Mali fait face à une crise humanitaire d’une complexité sans précédent, et les enfants en paient le prix fort, alors qu’ils n’en sont aucunement responsables », a déclaré Ted Chaiban, directeur général adjoint de l’UNICEF chargé des opérations humanitaires. « Malgré les défis, nos équipes et nos partenaires restent mobilisés pour répondre aux besoins immédiats et œuvrer à long terme en faveur de cette population meurtrie. »
Au total, près de cinq millions d’enfants maliens nécessitent une aide humanitaire urgente, couvrant les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éducation et de la protection, ainsi que l’accès à l’eau potable. Ce chiffre marque une hausse de 1,5 million d’enfants en détresse depuis 2020.
« Il est crucial que la communauté internationale porte son attention sur cette crise humanitaire méconnue », a souligné Carl Skau, directeur exécutif adjoint du PAM. « Face aux multiples urgences dans le monde, nous ne pouvons pas choisir qui sauver. Nous devons agir ensemble pour protéger les vies, en particulier celles des enfants et des femmes, et renforcer leur résilience face aux chocs climatiques et aux conflits. »
Outre les violences, les aléas climatiques récurrents ont provoqué des déplacements massifs. Au 30 juin 2023, plus de 377 000 personnes, dont une majorité d’enfants, ont été contraintes de quitter leur foyer. Les estimations actuelles indiquent que 1,6 million d’enfants ont un besoin urgent de protection.
En 2022, l’ONU a recensé 1 024 violations graves contre les enfants au Mali, incluant recrutements forcés, meurtres et mutilations. Par ailleurs, plus de 1 700 écoles ont fermé leurs portes, privant plus d’un demi-million d’enfants de leur droit à l’éducation.
Malgré l’urgence, les fonds alloués aux opérations humanitaires au Mali restent désespérément insuffisants. À ce jour, seulement 21 % des 751,4 millions de dollars demandés par l’ONU ont été collectés. De même, moins d’un tiers des 8,5 millions de dollars nécessaires pour financer l’appel humanitaire 2023 de l’UNICEF a été obtenu au premier semestre.
L’UNICEF et le PAM réclament d’urgence 184,4 millions de dollars pour assister 8,8 millions de personnes, dont 4,7 millions d’enfants. Ces fonds permettraient de fournir une aide alimentaire vitale, de maintenir les services de santé, y compris la chaîne du froid pour les vaccins, et d’acquérir des traitements essentiels contre la malnutrition.
La crise humanitaire au Mali s’inscrit dans un contexte régional critique, touchant également le Burkina Faso et le Niger. Pour éviter une catastrophe, l’acheminement sécurisé et rapide de l’aide est impératif. Tout retard ou blocage aggraverait dramatiquement la survie des enfants et de leurs familles.
Télécharger les contenus multimédias ICI.