Le président Bassirou Diomaye Faye vient de franchir une étape décisive dans son parcours politique en lançant officiellement à Dakar son nouveau parti, KIIRAAY – Les Patriotes Républicains. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie d’élargissement de sa base électorale en vue des prochaines échéances politiques.
Face à cette recomposition, le chef de l’État sénégalais se positionne comme le garant des valeurs républicaines et de l’unité nationale, tout en cherchant à consolider son influence face à l’ancien parti présidentiel, le PASTEF, dirigé par son ex-Premier ministre, Ousmane Sonko. Mais cette transition ne se fera pas sans obstacles majeurs.
Un parti en construction face à des défis immédiats
Pour Pape Ibrahima Kane, chercheur en sciences politiques, la mission s’annonce particulièrement ardue. « Créer un parti capable de s’imposer en si peu de temps relève du pari audacieux. D’ici 2029, il ne reste que trois ans pour structurer KIIRAAY dans l’ensemble du territoire, des grandes villes aux plus petits villages. Mais l’enjeu ne se limite pas à une question d’organisation : il faut aussi répondre concrètement aux attentes des Sénégalais », analyse-t-il.
Les premiers signes de cette recomposition se manifestent déjà par des défections au sein du PASTEF. Plusieurs responsables et militants ont choisi de rejoindre le camp du président Faye, tandis que d’autres continuent de soutenir Ousmane Sonko. Pourtant, au PASTEF, l’optimisme persiste. « Nous avons toujours évolué sous la pression, et chaque obstacle s’est transformé en opportunité. Les démissions ne doivent pas occulter les milliers d’adhésions qui renforcent nos rangs. Si nous avons réussi à renverser le système et à gagner l’élection présidentielle au premier tour, puis les législatives, c’est parce que notre combat est légitime », déclare Ansoumana Sambou, membre du Secrétariat national à la communication du PASTEF.
Les religieux, un levier stratégique pour Faye
Le président Faye mise également sur le terrain religieux, un espace traditionnellement influent dans la vie politique sénégalaise. Lors du Grand Magal 2026 à Touba, il a rencontré les grands marabouts pour discuter de projets concrets, comme la protection de la ville contre les inondations. « Ce déplacement n’est pas anodin : il s’agit d’une démarche politique visant à consolider son alliance avec les guides spirituels, dont l’impact électoral reste déterminant », souligne Pape Ibrahima Kane.
Après l’assemblée générale constitutive de KIIRAAY, l’étape suivante sera son premier congrès, prévu après la saison des pluies. Mais le premier vrai test électoral attend le parti dès les élections locales de début 2027, qui pourraient être couplées à des législatives anticipées selon des observateurs proches du dossier.