Le paysage diplomatique en Afrique de l’Ouest connaît des mutations significatives. Le 25 février, les États-Unis ont franchi une étape concrète en signant un protocole d’accord de cinq ans avec le Burkina Faso. Cette enveloppe de 147 millions de dollars vise spécifiquement à renforcer la lutte contre le sida sur le territoire burkinabè.
Parallèlement, Washington multiplie les signaux d’ouverture. À la mi-février, lors d’un échange avec le Premier ministre de transition, Ali Mahamane Zeine, les autorités américaines ont réaffirmé leur « respect » pour la souveraineté du Niger.

Du côté européen, l’envoyé spécial Joao Cravinho s’est récemment rendu à Bamako. Cette visite au Mali, malgré un contexte de relations dégradées avec l’Union européenne (UE), interroge sur la volonté de l’Occident de renouer avec les régimes militaires sahéliens. Francis Kpatindé, expert de la région et enseignant à Sciences-Po Paris, livre son analyse sur ce possible dégel.
Un rapprochement encore fragile au Sahel
Selon Francis Kpatindé, la prudence reste de mise. Bien qu’il perçoive un léger frémissement diplomatique, il refuse de parler de véritable réconciliation. Les liens entre les puissances occidentales et les États du Sahel demeurent fragiles et souvent restreints à des domaines spécifiques.
Le regain d’intérêt de Washington, illustré par l’accord sanitaire avec le Burkina Faso, s’inscrit dans une logique de coopération ciblée. Pour l’expert, l’Occident ne peut pas se permettre d’abandonner totalement ces pays, au risque de subir les conséquences sécuritaires du terrorisme par ricochet. De plus, les enjeux économiques sont colossaux : l’uranium du Niger et les réserves d’or du Mali et du Burkina Faso attirent inévitablement les convoitises.
Vers une stratégie bilatérale de l’Union européenne
L’UE semble désormais privilégier une approche au cas par cas plutôt qu’une vision régionale globale. Dans ce nouveau schéma, des pays comme l’Allemagne parviennent à maintenir des relations de qualité avec les capitales sahéliennes, se distinguant ainsi de la position française.
Francis Kpatindé souligne que cette diversité d’acteurs européens permet de maintenir des canaux de communication. Des pays comme l’Allemagne ou la Hongrie pourraient ainsi servir de passerelles diplomatiques, permettant indirectement à Paris de conserver un lien minimal avec les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).