Le séjour officiel du président Félix Tshisekedi en terre israélienne, fin août et début septembre 2026, confirme une nette accélération du dialogue entre Kinshasa et l’État hébreu. Répondant à l’invitation de son homologue Isaac Herzog, le dirigeant de la République Démocratique du Congo s’est entretenu successivement avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la présidence israélienne. Ces échanges de haut niveau ont englobé un vaste éventail de priorités : coopération militaire, modernisation agricole, infrastructures, technologies de pointe, gestion de l’eau, santé publique, investissements bilatéraux et concertations diplomatiques.

Felix Tshisekedi lors d'une nterview

Ce rapprochement s’inscrit dans une logique de coopération mutuellement avantageuse établie depuis 2019. Pour la RDC, Israël apparaît comme un allié d’envergure capable d’apporter son savoir-faire technologique et industriel. De son côté, Israël trouve en ce géant d’Afrique centrale un acteur influent doté de richesses minérales exceptionnelles. La stature internationale de la RDC est également renforcée par son mandat de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour 2026-2027, institution dont elle a dirigé les travaux au mois de juillet 2026.

Un processus de rapprochement amorcé en 2020

La normalisation des liens diplomatiques entre les deux capitales remonte à l’année 2020, sous l’impulsion de Félix Tshisekedi. Le chef de l’État congolais avait concrétisé ce renouveau par une première visite en Israël en 2021. La dynamique s’est intensifiée en novembre 2025 avec la venue d’Isaac Herzog à Kinshasa, un événement historique puisqu’il s’agissait du premier déplacement d’un président israélien sur le sol congolais depuis près de quarante ans.

Au fil des ans, les chefs d’État ont multiplié les rencontres directes : à Jérusalem en 2021, lors du forum de Davos en 2025, à Kinshasa en novembre 2025, puis à nouveau à Jérusalem en septembre 2026.

Le transfert de l’ambassade à Jérusalem au cœur des discussions

C’est en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, en septembre 2023, que les deux nations ont formulé une entente réciproque : Benjamin Netanyahu promettait l’installation d’une ambassade israélienne à Kinshasa, tandis que Félix Tshisekedi s’engageait à relocaliser la chancellerie congolaise de Tel-Aviv vers Jérusalem dès l’ouverture de la mission israélienne. Malgré l’absence d’un calendrier définitif trois ans après cette annonce, les pourparlers bilatéraux se poursuivent activement.

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Dans le contexte géopolitique mondial, déplacer une mission diplomatique à Jérusalem dépasse le simple acte administratif. La ville demeure l’épicentre des contestations du conflit israélo-palestinien. Tandis qu’Israël cherche à consolider la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, Kinshasa poursuit des impératifs stratégiques précis. Face aux attaques récurrentes menées par les rebelles du M23 dans l’est du territoire congolais, les autorités recherchent des appuis technologiques robustes. L’expertise israélienne dans les systèmes d’armement, les technologies de surveillance et la cybersécurité constitue un levier majeur pour restructurer les forces armées de la RDC.

Alignement international et convictions spirituelles

En projetant d’établir son ambassade à Jérusalem, la RDC s’aligne sur un cercle très fermé de nations. Déjà liée à Washington par un accord stratégique, Kinshasa consolide sa proximité avec les positions américaines sur la scène mondiale.

Cette décision trouve également sa source dans les convictions personnelles de Félix Tshisekedi, fervent adepte du christianisme évangélique. Ses passages médiatisés devant le Mur des Lamentations et au mémorial de la Shoah Yad Vashem illustrent cette proximité culturelle et confessionnelle. Sur le plan intérieur, une grande partie de la population congolaise, réunie au sein de vastes congrégations évangéliques, perçoit le soutien à Jérusalem comme une bénédiction biblique, procurant un solide appui populaire au président.

Toutefois, cette ligne diplomatique suscite de vives réticences au sein de l’Union africaine, notamment auprès de l’Afrique du Sud, qui défend une position résolument opposée à Israël.

Un cercle restreint de représentations diplomatiques à Jérusalem

Si la vaste majorité des représentations étrangères en Israël restent établies dans la région de Tel-Aviv, quelques pays ont fait le choix de s’implanter à Jérusalem :

  • Les États-Unis ont franchi le pas le 14 mai 2018 sous l’administration de Donald Trump.
  • Le Guatemala a inauguré son ambassade deux jours plus tard, le 16 mai 2018.
  • Le Honduras s’y est installé en juin 2021.
  • Le Kosovo a suivi en mars 2021 dans le sillage d’un accord parrainé par Washington.
  • La Papouasie-Nouvelle-Guinée a ouvert sa légation en septembre 2023.
  • Le Paraguay est revenu s’installer à Jérusalem en décembre 2024 sous la direction de Santiago Peña.
  • Les îles Fidji ont officialisé leur implantation au début de l’année 2025.
  • Le Somaliland a rejoint ce groupe en juin 2026.
Le président américain Donald Trump et le premier ministre israelien Benjamin Netanyahu lors d'une rencontre en juillet 2026.

D’autres gouvernements, tels que la Colombie, l’Argentine et la Sierra Leone, ont fait part d’une intention semblable, à l’instar de la République Démocratique du Congo.

Débats vifs au sein de la classe politique congolaise

L’annonce de cette orientation diplomatique a exacerbé les divergences sur la scène nationale. Pour l’Union sacrée de la nation, coalition au pouvoir, cette initiative relève d’une vision pragmatique indispensable pour consolider l’appareil sécuritaire national grâce à un échange de bons procédés avec Israël.

À l’inverse, les partis d’opposition dénoncent une démarche menée de manière unilatérale et reprochent au pouvoir en place de guider les choix extérieurs par des considérations religieuses personnelles sans concertation préalable. Selon eux, rompre avec le consensus de l’ONU et indisposer les membres de l’Union africaine risque de marginaliser le pays. Jean-Marc Kabund a ainsi vivement critiqué l’initiative sur les réseaux sociaux, jugeant que l’amitié historique entre les deux peuples ne nécessitait pas ce transfert et accusant le pouvoir de s’éloigner des traditions diplomatiques et du respect du droit international.