Au Niger, le journaliste Moussa Kaka a disparu depuis le 31 août. Une disparition forcée qui, loin de susciter une vague d’indignation, se heurte à ce que le Sénégalais Alioune Tine, ancien expert des droits de l’homme aux Nations unies, qualifie de « totale indifférence de la communauté africaine et internationale ». Un mutisme lourd de sous-entendus, que le fondateur du think tank Afrikajom, spécialisé dans les questions de démocratie et de sécurité en Afrique, décrypte sans détour. Il appelle à une mobilisation urgente de l’opinion africaine et des organisations qui la représentent.
Une disparition qui ne dit pas son nom
Le 31 août dernier, Moussa Kaka, figure respectée du journalisme nigérien, s’évapore. Aucune autorité ne revendique l’arrestation, aucun communiqué officiel ne vient éclairer les circonstances. Pour Alioune Tine, le diagnostic est sans appel : « Absolument rien ne justifie son arrestation. » Une formule qui sonne comme un réquisitoire contre l’arbitraire. Car derrière l’absence de preuves, c’est bien la question de l’état de droit au Niger qui se pose. Le silence des institutions nigériennes, couplé à celui des instances internationales, dessine les contours d’une zone grise où la détention arbitraire semble s’être installée.
Les causes profondes d’un mutisme assourdissant
Pourquoi une telle omerta ? Alioune Tine pointe du doigt une forme de lassitude, voire de complicité tacite. La communauté internationale, focalisée sur d’autres crises, semble avoir classé le dossier Kaka dans les oubliettes. Quant aux organisations africaines, elles peinent à s’ériger en gardiennes des libertés fondamentales lorsque l’un des leurs est touché. Ce silence n’est pas anodin : il révèle les rapports de force et les non-dits qui traversent le continent. En ne réagissant pas, les instances régionales envoient un signal inquiétant sur la valeur accordée à la vie d’un journaliste.
Les dessous d’une mobilisation qui se cherche
Fondateur d’Afrikajom, Alioune Tine ne se contente pas de constater. Il en appelle à un sursaut. Mais force est de constater que la mobilisation tant attendue tarde à prendre forme. Les appels à l’ouverture d’une enquête, notamment de Reporters sans frontières, restent pour l’heure lettre morte. L’opinion africaine, pourtant si prompte à s’enflammer sur d’autres causes, demeure étrangement silencieuse. Ce désintérêt interroge : la disparition de Moussa Kaka serait-elle devenue un non-événement ? Pour Alioune Tine, cette indifférence est le terreau de l’impunité. Chaque jour sans réaction renforce l’idée que l’on peut faire disparaître un journaliste sans conséquences.
Un point de bascule pour la presse africaine
L’affaire Moussa Kaka n’est pas qu’un fait divers. Elle constitue un test grandeur nature pour la presse africaine. Si un journaliste de cette envergure peut disparaître sans que cela émeuve les chancelleries, que reste-t-il de la liberté d’informer ? Les rédactions du continent observent, inquiètes. L’absence de solidarité institutionnelle pourrait avoir un effet dissuasif sur les vocations et les enquêtes sensibles. En définitive, c’est la capacité des sociétés africaines à protéger leurs voix dissidentes qui est en jeu. Et pour l’instant, le silence est assourdissant.

