L’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’aggrave sans signe de ralentissement. Selon les dernières estimations officielles, elle a déjà causé la mort de 1 850 personnes sur plus de 4 000 cas confirmés, avec un taux de létalité dépassant les 40 %. Cette souche rare, le Bundibugyo, se propage à une vitesse inégalée, devenant ainsi la deuxième épidémie la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays.

« Nous ne contrôlons pas totalement cette épidémie aujourd’hui », a admis Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, lors d’une visite officielle à l’épicentre de l’épidémie. En comparaison, la précédente grande flambée de cette souche, survenue entre 2018 et 2020, avait mis plus de dix mois pour atteindre un bilan similaire. Aujourd’hui, en moins de trois mois, les chiffres sont déjà bien plus alarmants.

Un environnement explosif qui entrave la lutte contre le virus

Plusieurs obstacles majeurs compliquent la réponse sanitaire. L’est de la RDC, et notamment la province de l’Ituri, est un foyer de tensions où les groupes armés, comme les ADF d’origine ougandaise, multiplient les attaques. Dans le Nord-Kivu, des pans entiers de la province sont sous le contrôle du M23, un mouvement armé soutenu par le Rwanda, après des mois de combats contre l’armée congolaise. Ces violences ont forcé des millions de personnes à fuir, créant une crise humanitaire et sanitaire sans précédent.

La détection des cas a également été tardive, faute de moyens suffisants. Les capacités de dépistage et de surveillance épidémiologique étaient insuffisantes au début de l’épidémie, retardant l’identification des premiers cas. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis dans les centres de santé n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province d’Ituri, seulement 59 % des contacts ont pu être traqués, alors que l’objectif était de 100 %. Selon l’Africa CDC, environ 40 contacts devraient être suivis pour chaque cas confirmé en zone urbaine, soit un total de 134 400 personnes. Pourtant, seulement 17 500 contacts font actuellement l’objet d’un suivi, soit 13 % de l’objectif.

Autre signe de l’ampleur du défi : 60 % des personnes décédées sont mortes à domicile, et non dans un centre médicalisé, faute d’accès aux soins ou par crainte des violences.

Des avancées médicales, mais une réponse encore trop lente

Face à cette situation critique, des initiatives sont en cours pour tenter de freiner la propagation du virus. Un essai clinique pour un vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu une dose, et l’étude, financée par la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI), vise à inclure 50 adultes pour évaluer la sécurité du traitement. Parallèlement, le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories développe un autre vaccin, avec l’objectif de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.

En attendant, l’Africa CDC a décidé d’utiliser massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola. Bien que différent du Bundibugyo, ce vaccin permet aux patients de ne pas développer de symptômes graves ou mortels. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements expérimentaux.

Jean Kaseya a annoncé vouloir étendre l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Ce traitement, déjà utilisé avec succès en Ouganda voisin, a permis de réduire significativement le taux de létalité à 10 %. « Les autorités ougandaises ont utilisé le remdesivir pour toutes les personnes malades et les cas contacts, ce qui a contribué à contenir l’épidémie », a-t-il souligné. Les projections des autorités sanitaires internationales craignent que cette épidémie ne dépasse en ampleur celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

Une aide internationale enfin mobilisée, mais en retard

Un autre facteur a aggravé la situation : le retard dans l’arrivée de l’aide internationale. En 2025, l’administration américaine avait suspendu les financements sanitaires et médicaux via USAID, fragilisant considérablement le système de santé congolais. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une nouvelle enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide totale à 512 millions de dollars. Ce financement, bien que bienvenu, reste cependant insuffisant face aux besoins.

Avec un plan de réponse évalué à 518 millions de dollars pour les six premiers mois, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) disposent enfin des ressources nécessaires. Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses américaines passées en matière d’aide humanitaire et sanitaire. Les États-Unis restent le premier contributeur à la lutte contre Ebola, devant l’Union européenne.