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Gabon : le parlement face aux défis sociaux et économiques

Libreville — Pour la première fois depuis le début de la 14e législature, les députés gabonais ont marqué un tournant dans leur mission de contrôle de l’action gouvernementale.

Lors de la séance des questions orales à l’Assemblée nationale, l’ensemble des préoccupations nationales a été abordé. Entre pouvoir d’achat, éducation, santé, sécurité, emploi et souveraineté économique, les élus ont mis en lumière les défis qui pèsent sur la société gabonaise. Cette rencontre, organisée au Palais Léon Mba, s’est tenue à quelques jours du Congrès du Parlement prévu le 15 juin, où le président Brice Clotaire Oligui Nguema présentera son message sur l’état de la Nation.

L’éducation et la jeunesse au centre des débats

L’un des sujets les plus marquants a concerné la montée des addictions dans les établissements scolaires. La sixième vice-présidente de l’Assemblée nationale, Huguette Tsono, a interpellé le gouvernement sur ce phénomène inquiétant. Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reconnu la gravité de la situation tout en réaffirmant l’engagement de l’État à protéger le système éducatif. Cette problématique dépasse le cadre scolaire : elle touche directement à l’avenir du pays, où la jeunesse représente une part majeure de la population.

L’éducation nationale a également été au cœur des échanges. Face aux interrogations du député Dorland Chancely Olengué, la ministre d’État Camélia Ntoutoume-Leclercq a confirmé que les réformes engagées progressent selon le calendrier prévu. Cependant, les attentes des familles restent élevées, et les améliorations durables nécessitent des efforts constants.

Souveraineté économique et industrialisation

Les questions économiques ont occupé une place centrale lors de cette séance. L’interdiction progressive des importations de poulet de chair a suscité un débat révélateur des nouvelles orientations politiques. Pour le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, cette mesure vise à développer une filière avicole nationale capable de répondre à la demande locale tout en créant des emplois. L’objectif est clair : réduire la dépendance alimentaire et renforcer la production sur place.

Une approche similaire a été évoquée par le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, concernant la réforme minière. L’interdiction des exportations de manganèse brut s’inscrit dans une stratégie visant à capter davantage de valeur ajoutée au Gabon. Cette politique marque un changement par rapport au modèle traditionnel d’exportation des matières premières, s’alignant sur une tendance observée dans plusieurs pays africains qui cherchent à industrialiser leurs ressources naturelles.

Les urgences sociales toujours prioritaires

Plusieurs préoccupations du quotidien ont été soulevées, notamment les difficultés liées à la délivrance des cartes nationales d’identité et des passeports. Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a été interpellé sur ce sujet, particulièrement sensible pour les populations de l’intérieur du pays, où l’accès aux services administratifs reste parfois difficile. Les questions concernant les retraités, les assurés de la CNAMGS, les personnes en situation de handicap et les mères célibataires ont également été abordées devant la ministre des Affaires sociales, Armande Longo épouse Moulengui. Ces échanges rappellent qu’une croissance économique, même robuste, ne peut produire ses effets sans une amélioration concrète des conditions de vie des Gabonais.

Le Parlement retrouve son rôle institutionnel

Au-delà des réponses ministérielles, cette séance a confirmé le retour du Parlement comme espace de débat public. En offrant une tribune aux représentants du peuple sur des enjeux aussi variés que la sécurité alimentaire, l’industrialisation, l’éducation, la santé ou la gouvernance administrative, l’Assemblée nationale a réaffirmé son rôle clé dans le contrôle démocratique. La clôture des travaux par le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, a ouvert la perspective du prochain Congrès du Parlement, un rendez-vous politique majeur pour évaluer l’avancement des grandes réformes engagées depuis la Transition.

Cette première séance de questions orales de la 14e législature s’est révélée être un véritable révélateur. Elle illustre un Gabon engagé dans des transformations profondes, tout en faisant face à des attentes sociales immenses. Entre quête de souveraineté économique, modernisation de l’État et amélioration du quotidien, le gouvernement est désormais attendu non seulement sur ses ambitions, mais aussi sur sa capacité à concrétiser des résultats tangibles. C’est sur ce terrain que se jouera, dans les mois à venir, la crédibilité de l’action publique gabonaise.