Le Burkina Faso doit tourner la page de la démocratie, affirme le président militaire

Portrait du capitaine Ibrahim Traoré, chef de l'État du Burkina Faso, portant un uniforme militaire beige et un béret rouge.

Lors d’un entretien télévisé diffusé par la chaîne d’État, le capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis trois ans après un coup d’État, a déclaré que le Burkina Faso devait « oublier la démocratie ». Selon lui, ce système politique « n’est pas adapté » à la réalité du pays et de l’Afrique.

« Les populations doivent abandonner cette question de la démocratie. La démocratie n’est pas pour nous », a-t-il affirmé avec force, ajoutant que la plupart des Africains ne souhaitaient pas vivre sous ce régime. Le leader militaire a évoqué une « approche alternative burkinabè », sans en préciser les contours.

Un reportage révélateur sur la vision politique de Traoré

Dans cet entretien, le président de la junte a critiqué l’impérialisme occidental, affirmant que « partout où les puissances occidentales tentent d’imposer la démocratie, cela se solde par des violences et des conflits ». Il a cité l’exemple de la Libye, où la chute de Mouammar Kadhafi après une intervention militaire étrangère a plongé le pays dans le chaos politique et la guerre civile.

« Regardez la Libye : c’est un exemple proche de nous », a-t-il souligné, rappelant que le colonel Kadhafi avait gouverné le pays pendant quatre décennies en offrant des services sociaux à la population, avant d’être renversé dans des circonstances violentes.

Interdiction des partis politiques et projet révolutionnaire

En janvier dernier, les autorités ont pris une décision radicale en dissolvant tous les partis politiques, dans le cadre d’une stratégie visant à « reconstruire l’État ». Traoré a justifié cette mesure en qualifiant ces formations de « sources de division » et de « dangers pour l’intérêt national ».

« Au Burkina Faso, un vrai homme politique incarne tous les vices : il ment, flatte, et parle sans agir », a-t-il déclaré, critiquant ouvertement le système partisan traditionnel. Il a insisté sur la nécessité de créer un nouveau modèle fondé sur la « souveraineté nationale », le « patriotisme » et une « mobilisation révolutionnaire », où les chefs traditionnels et les structures locales auraient un rôle central.

Autonomie économique et répression de l’opposition

Le chef de l’État a également mis l’accent sur l’importance de l’indépendance économique et militaire pour le Burkina Faso. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à combler notre retard face aux pays plus développés », a-t-il affirmé, prônant un effort collectif et une discipline accrue.

Son gouvernement est cependant accusé de réprimer toute forme de dissidence. Les opposants, les médias et la société civile sont régulièrement ciblés, certains critiques étant même envoyés en première ligne face aux groupes armés islamistes. Malgré ces méthodes controversées, Traoré bénéficie d’un soutien croissant sur le continent, notamment pour sa rhétorique anticoloniale et son rejet de l’influence occidentale.

Alliance avec la Russie et persistance des violences

Comme ses voisins du Mali et du Niger, le Burkina Faso a rompu ses collaborations militaires avec l’Occident, notamment la France, dans la lutte contre les groupes jihadistes qui secouent la région depuis plus d’une décennie. Les trois pays se sont tournés vers la Russie pour obtenir un appui sécuritaire, mais les attaques terroristes continuent de faire des centaines de victimes chaque mois.

Selon un récent rapport de Human Rights Watch, plus de 1 800 civils ont été tués au Burkina Faso depuis le coup d’État de 2023. L’organisation de défense des droits humains attribue deux tiers de ces morts aux forces armées burkinabè et à leurs milices alliées, le reste étant imputé aux groupes armés.

Cette déclaration de Traoré marque une nouvelle étape dans sa volonté de rompre avec les institutions démocratiques traditionnelles, tout en cherchant à imposer un modèle politique inédit, mêlant nationalisme, révolution sociale et rejet de l’héritage colonial.