Le Bénin dispose désormais d’un siège à la Cour de justice de la CEDEAO. Le 6 octobre 2026, à Abuja, le Docteur Désiré Henri Aihou a prêté serment comme juge pour un mandat de quatre ans non renouvelable. Une nomination qui intervient dans un contexte où la justice communautaire ouest-africaine doit consolider l’État de droit et la protection des droits fondamentaux.
Une cérémonie sous l’égide de la présidence sénégalaise
La prestation de serment s’est déroulée le mardi 6 octobre 2026 à la Commission de la CEDEAO, à Abuja. Elle était placée sous l’autorité de Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal et président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation régionale.
Cinq nouveaux juges ont été intronisés : Désiré Henri Aihou pour le Bénin, Awa Bah pour la Gambie, Charlyne M. Brumskine pour le Liberia, Henrietta Uzoamaka Didigu pour le Nigeria et Yaouza Ouro-Sama pour le Togo.
Leur désignation avait été actée lors de la 69e session ordinaire de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement, tenue le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone. La Cour est composée de cinq juges indépendants, soumis à des exigences élevées d’expérience et de qualification juridique.
Un rôle clé dans l’application du droit communautaire
La Cour de justice de la CEDEAO n’est pas une institution symbolique. Créée sur la base du Traité révisé, elle a pour mandat d’assurer le respect du droit et des principes d’équité dans l’interprétation et l’application des textes communautaires.
Son champ d’intervention s’est élargi avec l’évolution du droit communautaire, notamment en matière de droits humains. La juridiction peut connaître de différends entre États et institutions communautaires, mais aussi de certaines affaires impliquant des particuliers et des États membres.
Cette dimension est essentielle dans une région où les questions de gouvernance, de droits fondamentaux et de stabilité institutionnelle occupent une place croissante. La justice communautaire constitue un niveau supplémentaire de protection du droit, garantissant que les engagements des États ne restent pas de simples déclarations politiques.
L’héritage démocratique béninois en toile de fond
La présence de Désiré Henri Aihou dans cette architecture judiciaire régionale renvoie à l’histoire institutionnelle du Bénin. En février 1990, la Conférence des forces vives de la Nation avait ouvert la voie au Renouveau démocratique. Réunis à Cotonou du 19 au 28 février, les représentants de la société béninoise avaient affirmé leur volonté d’instaurer la démocratie et de construire de nouvelles institutions.
Quelques mois plus tard, la Constitution du 11 décembre 1990 consacrait cette orientation, plaçant la démocratie et l’État de droit au cœur de la République et organisant la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
La création de la Cour constitutionnelle, devenue opérationnelle en 1993, participait de cette même volonté de faire de la régulation institutionnelle un élément central du système politique.
De la séparation des pouvoirs à la responsabilité judiciaire régionale
Trente-six ans après la Conférence nationale, l’expérience béninoise trouve une nouvelle résonance au niveau communautaire. Dans un espace d’intégration comme la CEDEAO, les États ont progressivement accepté de soumettre certains domaines à des règles et institutions communes.
La CEDEAO repose sur trois branches institutionnelles : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. La Cour de justice constitue le bras judiciaire de cette architecture et veille à l’interprétation et à l’application du droit communautaire.
L’enjeu est de préserver, à l’échelle régionale, un principe familier à l’expérience constitutionnelle béninoise : le pouvoir doit être encadré par le droit et soumis à des mécanismes de contrôle. La mission du nouveau juge béninois s’inscrit dans cette logique. Elle ne consiste pas à représenter politiquement le Bénin au sein de la Cour, mais à exercer une fonction juridictionnelle dans un cadre communautaire. L’indépendance des juges est une condition de crédibilité de cette justice.
Les défis de l’exécution des arrêts
La consolidation de la Cour ne dépend pas uniquement de la qualité de ses juges. Elle dépend aussi de la capacité des décisions rendues à être effectivement respectées. La CEDEAO a elle-même identifié l’exécution des arrêts comme un défi important pour l’efficacité de sa juridiction. En 2024, son Conseil judiciaire avait examiné les moyens d’améliorer les mécanismes d’exécution des décisions de la Cour.
Rendre la justice communautaire non seulement indépendante et crédible, mais également concrètement efficace : c’est l’un des enjeux majeurs du nouveau mandat. Dans un contexte ouest-africain marqué par des crises politiques et des débats sur l’avenir de l’intégration régionale, une juridiction communautaire solide peut constituer un espace de recours et de protection des principes communs.
Un serment aux implications durables
La prestation de serment de Désiré Henri Aihou dépasse le cadre protocolaire. Elle rappelle que l’intégration régionale ne repose pas uniquement sur les échanges économiques ou les décisions politiques, mais aussi sur un socle juridique commun et des institutions capables d’en garantir le respect.
Pour le Bénin, dont l’histoire politique reste associée au tournant démocratique de 1990, cette responsabilité a une résonance particulière. De Cotonou à Abuja, le principe demeure : faire en sorte que le pouvoir reste soumis au droit.
Avec l’entrée en fonction de Désiré Henri Aihou, le Bénin apporte à la juridiction communautaire une expérience nationale de construction institutionnelle. Reste à voir comment cette nouvelle génération de juges contribuera, au cours des quatre prochaines années, à renforcer la crédibilité et l’autorité de la justice communautaire ouest-africaine.

