Le Premier ministre français Sébastien Lecornu mène depuis le 15 juillet une mission diplomatique au Maroc à la tête d’une délégation ministérielle comptant une douzaine de membres. Cette visite, marquée par la signature d’accords bilatéraux, survient dans un contexte où les relations entre Paris et Rabat, tout comme les dynamiques en Afrique subsaharienne, suscitent des interrogations croissantes.

Mehdi Alioua, sociologue marocain.

une rivalité franco-marocaine en Afrique ?

Le Maroc et la France entretiennent une relation complexe en Afrique subsaharienne. Si la coopération économique franco-marocaine reste solide, avec des investissements souvent menés conjointement, Rabat affirme désormais une politique africaine plus autonome. Le sociologue Mehdi Alioua, spécialiste des migrations et des mobilités, analyse cette dynamique lors de son entretien.

Pour lui, « la France n’a pas été remplacée par le Maroc, mais plutôt accompagnée dans certaines zones stratégiques ». Le Royaume chérifien mise sur des investissements directs et une diplomatie active, notamment au Sahel, où son influence grandit. « Le Maroc joue un rôle de facilitateur, en misant sur des partenariats gagnant-gagnant », souligne-t-il.

le Maroc, un acteur clé dans le Sahel ?

Les relations entre le Maroc et les pays du Sahel s’inscrivent dans une histoire millénaire, bien avant l’arrivée de l’islam. Le sociologue rappelle l’héritage des dynasties marocaines ayant marqué la région, comme les Almoravides, originaires du Sahel et ayant régné jusqu’en Espagne. « Ces liens séculaires constituent un atout majeur pour Rabat », estime-t-il.

Cependant, la situation politique au Mali et dans les autres pays de l’Alliance des États du Sahel complique les relations avec la France. « Le sentiment anti-français, instrumentalisé par certains régimes, n’est pas partagé par les populations », précise Mehdi Alioua. Le Maroc, lui, évite ce discours populiste et privilégie une approche diplomatique basée sur le dialogue.

diplomatie marocaine et droits humains : un équilibre fragile

Récemment, des arrestations de journalistes et d’artistes critiques, comme Ali Lmrabet ou Mehdi Black Wind, ont suscité des interrogations sur le respect des droits fondamentaux au Maroc. Le sociologue tempère : « La justice marocaine fonctionne de manière indépendante, et les personnes concernées peuvent se défendre ». Il reconnaît cependant que « certains réflexes autoritaires persistent ».

Des associations de défense des droits humains se mobilisent activement, et la situation s’améliore globalement depuis plusieurs années. « Le Maroc a fait d’énormes progrès, mais il reste des zones d’ombre », constate-t-il.

le Maroc peut-il rivaliser avec la France en afrique ?

Si le Maroc attire de plus en plus l’attention de l’Afrique subsaharienne, son attractivité reste limitée par son niveau de développement économique. « Le Maroc n’a pas encore les moyens d’égaler l’influence culturelle et économique de la France », explique Mehdi Alioua. Cependant, son investissement massif dans des projets comme la Coupe d’Afrique des Nations montre une volonté de rayonnement continental.

Cette stratégie comporte des risques : « Une partie de l’opinion africaine a réagi négativement après la finale de la CAN 2022, où le Maroc a été perçu comme arrogant ». Le sociologue souligne que « l’humilité et le respect des réalités locales sont essentiels pour une diplomatie africaine réussie ».

En conclusion, le Maroc joue un rôle de plus en plus visible en Afrique, mais sa rivalité avec la France reste avant tout économique et diplomatique, sans pour autant menacer la position historique de Paris sur le continent.