Dans les artères bouillonnantes du Tchad, une transformation sociale et économique s’opère sous un soleil de plomb. Partout, des femmes portant des bassines chargées de mangues, de beignets croustillants ou de tissus colorés naviguent entre les véhicules et les passants. Ce phénomène, de plus en plus visible dans les centres urbains, marque une volonté farouche d’indépendance financière, mais cache une réalité plus sombre pour la jeune génération.
Une quête d’autonomie au cœur des marchés
À N’Djamena, Moundou ou Abéché, les femmes ne se contentent plus de rester au sein des concessions familiales. Elles investissent l’espace public pour devenir des actrices économiques majeures. Aïcha, une trentenaire rencontrée sur le pavé, vend des arachides grillées depuis l’aube. Avec sa petite dernière solidement attachée dans son dos, elle exprime une fierté nouvelle : celle de décider de son propre destin, malgré la rudesse du quotidien.
Non loin de là, Fanta prépare des galettes sur un foyer de fortune. Son fils de cinq ans, pieds nus dans la poussière, joue à ses côtés. Ces scènes de vie illustrent le courage de ces mères qui, pour assurer la survie du foyer, transforment les rues en comptoirs de vente. Cependant, cette émancipation par le commerce informel a un prix invisible mais bien réel.
L’enfance sacrifiée sur l’autel de la survie
Le revers de cette activité incessante se lit sur le visage des enfants qui accompagnent ces vendeuses. Exposés à la fumée étouffante des braseros et à la pollution urbaine, ils subissent des conditions de vie précaires. À Abéché, il n’est pas rare de croiser de très jeunes garçons portant de lourdes charges d’eau pour aider leur mère, tandis que l’école devient une perspective de plus en plus lointaine.
L’éducation de ces mineurs est souvent délaissée au profit de l’aide immédiate apportée au commerce maternel. Si ces femmes parviennent à se libérer de certaines contraintes sociales en gagnant leur vie, leurs enfants, eux, semblent piégés dans un cycle de labeur précoce. Entre la fumée des cuisines de rue et le tumulte des marchés, l’avenir de cette jeunesse tchadienne reste suspendu à la nécessité de survivre au jour le jour.