Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema entame ce lundi 20 juillet à Paris une visite d’État en France. Ce petit pays pétrolier d’Afrique centrale, riche en ressources naturelles comme le pétrole et les minerais, entretient depuis des décennies une relation privilégiée avec la France. Une coopération qui se distingue dans un contexte où certains pays africains réévaluent leurs partenariats stratégiques avec Paris.

Les présidents français et gabonais, Emmanuel Macron et Brice Oligui Nguema, lors d'une conférence de presse commune à Libreville, le 23 novembre 2025.

Bergès Mietté, professeur de sciences politiques à l’université internationale de Libreville, décrypte cette particularité gabonaise au sein de la politique africaine de la France. Selon lui, le Gabon incarne une continuité affichée et assumée dans ses relations avec son ancien partenaire colonial, malgré les évolutions géopolitiques récentes sur le continent.

Une coopération historique entre Libreville et Paris

Depuis les indépendances, le Gabon a toujours entretenu des liens étroits avec la France, notamment dans les secteurs stratégiques comme l’énergie, les mines et la défense. Cette relation, souvent qualifiée de « spéciale », repose sur des accords bilatéraux solides et une collaboration économique étroite. Le Gabon, membre de la zone franc, bénéficie d’un appui financier et technique constant de la part de Paris.

Cette visite d’État intervient à un moment où plusieurs pays africains cherchent à diversifier leurs partenariats, parfois au détriment de l’influence française. Pourtant, le Gabon semble faire exception en maintenant une trajectoire de coopération claire et engagée avec la France.

Les enjeux de cette visite diplomatique

Lors de son séjour parisien, Brice Oligui Nguema devrait aborder plusieurs sujets cruciaux, notamment :

  • Les relations économiques : renforcement des investissements français dans les secteurs pétrolier et minier, ainsi que dans les infrastructures.
  • La sécurité régionale : coopération dans la lutte contre le terrorisme et la stabilisation de la sous-région.
  • La transition énergétique : collaboration sur les projets d’énergies renouvelables et d’adaptation aux changements climatiques.
  • La formation et l’éducation : soutien aux programmes universitaires et techniques en partenariat avec la France.

Bergès Mietté souligne que cette visite s’inscrit dans une dynamique de continuité, où le Gabon affiche sa volonté de maintenir une alliance historique tout en explorant de nouvelles opportunités de développement.

Une analyse politique par Bergès Mietté

Pour l’enseignant-chercheur, cette position gabonaise s’explique par plusieurs facteurs :

  • Une stabilité politique : le Gabon, dirigé par une junte militaire depuis 2023, cherche à consolider sa légitimité internationale.
  • Des intérêts économiques alignés : la France reste un partenaire clé pour les exportations gabonaises, notamment le pétrole et le manganèse.
  • Une vision géostratégique : le Gabon mise sur la France comme un allié fiable dans un contexte de tensions régionales.

Mietté précise que cette approche contraste avec celle d’autres pays africains, qui réévaluent leurs accords avec Paris en privilégiant des partenariats avec de nouvelles puissances comme la Chine, la Russie ou la Turquie.

Perspectives pour l’avenir

Cette visite d’État pourrait marquer un tournant dans les relations franco-gabonaises. Si le Gabon confirme sa volonté de maintenir une alliance forte avec la France, cela pourrait encourager d’autres pays de la région à adopter une posture similaire. À l’inverse, un rapprochement trop marqué avec Paris pourrait aussi susciter des critiques, notamment de la part des mouvements panafricanistes qui prônent une rupture avec l’héritage colonial.

En définitive, cette rencontre entre Brice Oligui Nguema et les autorités françaises illustre la complexité des relations entre l’Afrique et son ancien colonisateur, où histoire, intérêts économiques et géopolitique s’entremêlent.