La bande sahélienne, s’étendant du Mali au Tchad, ne présente pas à première vue les caractéristiques d’un nouvel eldorado économique. Loin d’être un pôle d’attraction pour les investissements directs étrangers, les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger affichent des indicateurs de développement humain modestes et des défis structurels importants. Au Mali, par exemple, près de la moitié des 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, et seulement un quart des terres sont arables. Classé 188e sur 193 pays selon l’indice du PNUD, le Mali voit environ 45% de sa population vivre sous le seuil de pauvreté. Des statistiques similaires sont observées à Ouagadougou et Niamey, avec respectivement 40% et 60,5% de la population sahélienne en situation de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Ces trois nations sont enclavées et actuellement dirigées par des régimes militaires putschistes, qui ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette alliance, perçue comme un défi aux anciennes puissances occidentales et aux démocraties, et soutenue par Moscou, avait promis la prospérité à ses citoyens. Cependant, cette promesse ne s’est pas encore matérialisée. Dans ce contexte complexe, deux nations voisines, l’Algérie et le Maroc, proposent activement leurs services et leurs visions stratégiques pour la région.

Le Maroc : une ouverture sur l’océan Atlantique

Le Royaume du Maroc met en avant son projet ambitieux de port Dakhla Atlantique, conçu comme un équivalent du hub de Tanger Med, mais orienté vers le Sahara occidental. Prévu pour être opérationnel dès 2029, ce port vise à devenir une porte d’entrée majeure pour l’Afrique de l’Ouest et une voie d’accès privilégiée vers les Amériques. Rabat a déjà accueilli les leaders de l’AES pour discuter de cette proposition. Sur le plan géopolitique, l’offre marocaine est claire : un accès maritime pour les trois pays de l’AES, potentiellement complété par une liaison ferroviaire (encore à l’étude), qui permettrait de les libérer de leur enclavement et de stimuler leurs économies.

Pour le Maroc, confronté à un isolement géographique dû à son différend avec l’Algérie, ce projet représente une opportunité de démontrer que son plan de développement du Sahara occidental bénéficiera à l’ensemble de la sous-région. Il s’agit également d’une stratégie indirecte de lutte contre les groupes djihadistes qui déstabilisent le Sahel, en offrant des perspectives économiques à une jeunesse nombreuse et souvent désœuvrée. La région sahélienne connaît en effet un taux de natalité très élevé, avec une population qui devrait doubler en une décennie.

L’Algérie : un gazoduc transsaharien vers l’Europe

L’Algérie, ayant renoué des liens diplomatiques avec le Niger mi-février, notamment avec Abderrahmane Tiani, le chef du pouvoir militaire à Niamey, propose la construction rapide du tronçon nigérien du gazoduc Transsaharien. Ce projet stratégique prévoit d’acheminer du gaz naturel depuis le Nigeria, via le Niger, jusqu’en Algérie, pour ensuite alimenter l’Europe. D’une longueur totale de 4 800 kilomètres, ce gazoduc représente un enjeu énergétique majeur.

La société nationale algérienne des hydrocarbures, la Sonatrach, serait en charge de la construction sur le territoire nigérien et s’engagerait à former des citoyens nigériens à son exploitation. Ce point constitue un avantage distinctif par rapport à d’autres partenaires étrangers, comme la Chine, qui sont souvent moins enclins à transférer le savoir-faire local pour la gestion des ressources nationales.

Des stratégies complémentaires mais antagonistes

Des discussions sur le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental ont eu lieu à Madrid puis à Washington fin février. La résolution de ce conflit, qui perdure depuis un demi-siècle, pourrait potentiellement ouvrir la voie à une collaboration algéro-marocaine sur les défis sécuritaires et démographiques explosifs du Sahel. Une telle coopération empêcherait les États de l’AES de tirer parti des rivalités entre les deux capitales régionales.

Le djihadisme trouve un terreau fertile dans la combinaison de la pauvreté endémique et des gouvernements autoritaires. Alger et Rabat cherchent, chacun de leur côté, à briser cette spirale infernale. L’Algérie mise sur ses ressources en hydrocarbures et l’expertise de la Sonatrach, tandis que le Maroc privilégie une stratégie de grands travaux d’infrastructure et son ambition de devenir un hub entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Bien que ces deux approches soient intrinsèquement complémentaires, le différend autour du Sahara occidental les maintient dans une opposition regrettable. Il est à noter qu’en septembre 2025, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait publiquement accusé l’Algérie de « soutenir le terrorisme international », une allégation à laquelle le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait répondu en dénonçant une « logorrhée de soudard ».