Le gouvernement tchadien a officialisé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), critiquant une efficacité « limitée et inégale » de l’institution depuis son entrée en fonction en 2002. Dans un communiqué rendu public par le porte-parole du gouvernement, N’Djamena dénonce un déséquilibre flagrant dans les enquêtes menées par la Cour.

Selon les chiffres avancés, sur les treize enquêtes ouvertes depuis la création de la CPI, neuf concernent des pays africains, contre seulement quatre dans d’autres régions du monde. Pire encore, parmi les sept personnes actuellement détenues, six le sont dans le cadre de procédures liées à des situations africaines, sans avancées tangibles.

Une pression américaine en coulisses

Cette décision intervient après un échange téléphonique entre le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines et le ministre tchadien des Affaires étrangères. Washington a exprimé ses réserves sur le fonctionnement de la CPI et encouragé N’Djamena à réévaluer son adhésion au Statut de Rome. Pourtant, le chef de la diplomatie tchadienne, Abdoulaye Sabre Fadoul, a tenu à préciser que cette sortie n’était pas dictée par les États-Unis.

Un retrait controversé au regard du conflit soudanais

Le Tchad se retire alors qu’il est pointé du doigt pour son rôle présumé dans l’approvisionnement en armes des Forces de soutien rapide (FSR) du Soudan, via des livraisons en provenance des Émirats arabes unis. En 2025, des ONG ont déposé un signalement auprès de la CPI pour complicité présumée dans des crimes internationaux liés à ce trafic.

L’avocat français Vincent Brengarth, impliqué dans ce dossier, alerte sur les conséquences de ce retrait : « Cette décision fragilise les démarches en cours et risque de laisser impunis des crimes graves, notamment le ciblage systématique de civils et les bombardements aveugles observés dans le conflit soudanais. » Les deux camps belligérants, l’armée soudanaise et les FSR, sont régulièrement accusés de violations massives des droits humains.

Le Venezuela a également annoncé son départ de la CPI vendredi, évoquant un « biais géographique » ayant conduit à une concentration disproportionnée des enquêtes sur des pays africains et latino-américains.