En 2025, les mouvements djihadistes ont franchi un nouveau palier dans leurs offensives au cœur du Sahel, mettant à rude épreuve la pérennité des gouvernements militaires de la zone. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la Province de l’État islamique au Sahel (ISSP) ont non seulement consolidé leur emprise au Mali, au Burkina Faso et au Niger, mais ils ont également projeté leurs forces vers les zones frontalières du Bénin et du Nigeria.

Quelques chiffres clés

Entre le 1er janvier et le 28 novembre 2025 :

  • Les violences politiques ont causé la mort de plus de 10 000 personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
  • Les groupes armés ont enlevé 30 ressortissants étrangers au Mali (22) et au Niger (8).
  • Le nombre de victimes au Bénin a bondi de près de 70 % par rapport aux onze premiers mois de l’année précédente.

La guerre économique s’est imposée comme un levier stratégique majeur pour ces organisations, visant à paralyser les structures étatiques. Au Mali, le JNIM a instauré un blocus rigoureux sur le transport et le carburant ciblant les localités de Kayes et Nioro du Sahel. Cette manœuvre a sectionné les axes commerciaux vitaux reliés à Bamako, provoquant des pénuries d’énergie et une inflation généralisée. Cette stratégie d’asphyxie a entraîné une recrudescence de la violence dans les régions de Kayes, Sikasso et Ségou, atteignant des sommets historiques.

Au Burkina Faso, la pression exercée par le JNIM sur les forces armées et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ne faiblit pas. En mai, le groupe a brièvement pris le contrôle des capitales provinciales de Djibo et Diapaga, marquant une évolution notable de ses capacités tactiques. Plus tard, en septembre, une embuscade massive contre un convoi militaire près de Koubel-Alpha a coûté la vie à environ 90 soldats, illustrant la volonté manifeste de déstabiliser le pouvoir central par la force et le sabotage économique.

Le Niger, bien que moins touché que ses voisins, voit la menace s’étendre vers le sud à Dosso et vers le nord à Agadez. L’ISSP y mène sa propre guerre d’usure, multipliant les sabotages contre l’oléoduc Bénin-Niger. L’enlèvement d’un citoyen américain à Niamey en octobre dernier confirme que les centres urbains, autrefois protégés, sont désormais à la portée des réseaux militants.

Les campagnes de kidnappings d’étrangers ont atteint des niveaux record. Le JNIM privilégie les travailleurs des secteurs miniers et industriels pour frapper l’économie, tandis que l’ISSP cible des ressortissants occidentaux en externalisant parfois ces enlèvements à des réseaux criminels.

L’extension du conflit vers l’Afrique de l’Ouest : un défi pour 2026

L’un des tournants majeurs pour l’horizon 2026 réside dans la jonction des théâtres de conflit. La zone des trois frontières entre le Bénin, le Niger et le Nigeria est devenue un espace stratégique où convergent les groupes sahéliens et nigérians. Le nord du Bénin a connu son année la plus meurtrière, avec une incursion marquée du JNIM vers le département du Borgou, à la lisière du Nigeria.

Parallèlement, l’ISSP renforce ses positions dans le sud-ouest du Niger, à proximité de la ville de Gaya, tout en opérant dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria. Cette fusion des zones d’influence crée un environnement de conflit interconnecté allant du Mali jusqu’à l’ouest du Nigeria. Cette région risque de devenir un terrain de compétition féroce entre diverses factions, incluant le JNIM, l’ISSP, Ansaru et divers groupes de bandits.

Face à cette menace, les régimes militaires du Sahel central sont sous une pression extrême. Au Mali et au Burkina Faso, les sièges prolongés et les pertes territoriales érodent la légitimité des autorités. Malgré les promesses de sécurisation, les groupes djihadistes imposent leur propre ordre social et fiscal dans de vastes zones rurales, isolant progressivement les grandes agglomérations.

Les milices d’autodéfense locales, piliers de la stratégie de contre-insurrection, s’essoufflent. Au Mali, les confréries Dozo sont souvent contraintes à des accords avec les insurgés, tandis qu’au Burkina Faso, les VDP subissent des pertes lourdes qui limitent leur capacité de reconquête.

L’appui militaire russe, via l’Africa Corps, montre des résultats mitigés. Si son rôle s’est récemment concentré sur la sécurisation des convois de carburant dans le sud du Mali pour contrer les blocus, son effectif réduit ne permet pas de couvrir l’ensemble des zones menacées. En l’absence d’un retournement de situation, l’année 2026 pourrait être marquée par une instabilité politique accrue et une fragmentation territoriale plus profonde dans tout le Sahel central et ses marches méridionales.