Loi anti-LGBT au Burkina Faso : une régression alarmante pour les droits humains

Le 1er septembre, l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a adopté une loi criminalisant les relations homosexuelles consenties, marquant un recul significatif pour les droits des personnes LGBT. Cette mesure, qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et des amendes, s’inscrit dans un contexte de restriction croissante des libertés et de répression contre l’opposition et les médias.

Une violation des droits fondamentaux

Cette nouvelle législation porte atteinte à deux droits humains essentiels : le droit à la non-discrimination et le droit à la vie privée. Avant cette loi, le Burkina Faso ne disposait pas de texte pénalisant spécifiquement les relations entre personnes de même sexe, contrairement à de nombreux pays africains ayant hérité de lois coloniales anti-LGBT.

La disposition a été adoptée à l’unanimité (71 voix) dans le cadre du Code des personnes et de la famille. Elle sanctionne désormais tout comportement jugé comme « promouvant l’homosexualité », selon les termes mêmes du texte. Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, justifie cette mesure en évoquant un « respect des valeurs culturelles » et une réponse aux aspirations de la société burkinabè.

Un conflit avec les engagements internationaux

Cette loi contrevient aux obligations du Burkina Faso en matière de droits humains, notamment au regard :

  • de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
  • du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Plusieurs pays africains récents ont d’ailleurs fait marche arrière sur des législations similaires. En 2023, Maurice a abrogé sa loi anti-sodomie, tandis que la Namibie a dépénalisé les relations homosexuelles en 2024. Le Botswana avait déjà pris cette décision en 2019, confirmant ainsi que ces lois violent les droits à la vie privée et à la non-discrimination.

Risques accrus de violences et d’abus

Les lois criminalisant l’homosexualité favorisent l’impunité et exposent les personnes LGBT à des violences systémiques. Dès 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait appelé les États à mettre fin aux abus envers les personnes en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre.

Au Burkina Faso, où l’espace civique se réduit sous l’effet de la junte militaire, cette loi pourrait aggraver les discriminations et entraver le travail des défenseurs des droits humains.

Que faire pour s’opposer à cette régression ?

Les observateurs internationaux et les ONG recommandent au président de la junte, Ibrahim Traoré, de ne pas promulguer ce texte. Une solution serait de renvoyer le Code des personnes et de la famille à l’Assemblée pour révision, afin d’y intégrer le respect des droits fondamentaux pour toutes et tous, sans distinction d’orientation sexuelle ou d’identité de genre.

Cette affaire rappelle l’importance de veiller au respect des conventions internationales et de protéger les minorités vulnérables contre les dérives législatives.