Mahamat Idriss Déby Itno serrant la main d'Ibrahim Traoré, chef de la junte du Burkina Faso, lors d'une visite officielle à Ouagadougou en février 2025

La question du souverainisme s’impose comme un pilier central de l’action politique de Mahamat Idriss Déby Itno depuis son accession à la tête du Tchad. Son discours, marqué par une volonté affichée d’émancipation face aux influences extérieures, suscite autant d’adhésions que de controverses. Mais dans quelle mesure ses actes correspondent-ils à cette posture revendiquée ?

Un discours souverainiste revendiqué

Depuis son arrivée au pouvoir, Mahamat Idriss Déby Itno a multiplié les déclarations en faveur d’une politique étrangère indépendante. Cette ligne s’inscrit dans la continuité des positions affichées par son père, Idriss Déby Itno, tout en les adaptant aux réalités contemporaines du Sahel. Mahamat Idriss Déby Itno a notamment critiqué les interventions militaires étrangères, prônant une approche centrée sur les solutions locales.

Cette rhétorique souverainiste s’accompagne d’une diplomatie active, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel. Ce bloc régional, regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, incarne une volonté commune de tourner le dos aux partenariats historiques avec les anciennes puissances coloniales. Mahamat Idriss Déby Itno y joue un rôle clé, renforçant les liens avec ses homologues burkinabè et maliens.

Les alliés et partenaires de cette approche

Parmi les soutiens de cette politique souverainiste, Ibrahim Traoré, chef de la junte du Burkina Faso, et Assimi Goïta, président de transition au Mali, figurent en première ligne. Leurs échanges réguliers avec le Tchad illustrent une convergence de vues sur la nécessité de redéfinir les relations internationales en Afrique.

Parallèlement, Mahamat Idriss Déby Itno a tissé des liens stratégiques avec des acteurs non traditionnels, comme les Émirats arabes unis. Ces partenariats, souvent perçus comme une alternative aux relations avec l’Europe, soulèvent des questions sur les réelles marges de manœuvre du Tchad face à ces nouveaux interlocuteurs.

Les limites d’un souverainisme à l’épreuve

Malgré ces déclarations, le souverainisme de Mahamat Idriss Déby Itno se heurte à des réalités économiques et sécuritaires complexes. Le Tchad, comme ses voisins, reste dépendant de l’aide internationale et des investissements étrangers pour stabiliser son économie et lutter contre les groupes armés.

La question de la légitimité démocratique, souvent évoquée dans les critiques adressées aux juntes, constitue un autre défi. Comment concilier une politique souverainiste avec la gestion d’un pays en transition politique, où les institutions restent fragiles ?

Entre indépendance et dépendances

Les relations avec la France, ancienne puissance coloniale, restent un sujet sensible. Si Mahamat Idriss Déby Itno a affiché sa volonté de réduire l’influence française, les accords militaires et économiques passés avec Paris montrent que les dépendances persistent. Cette ambivalence interroge sur la portée réelle de son souverainisme.

De même, les échanges avec d’autres partenaires, comme l’Union européenne ou les États-Unis, soulignent les limites d’une autonomie totale dans un contexte géopolitique mondialisé.

Quelle crédibilité pour ce souverainisme ?

À l’heure où les transitions politiques se multiplient en Afrique, le cas du Tchad offre un angle d’analyse unique. Mahamat Idriss Déby Itno incarne une génération de dirigeants qui revendiquent une rupture avec les modèles hérités de la colonisation. Pourtant, la mise en œuvre de ces principes se heurte aux contraintes structurelles du pays et de la région.

Son souverainisme, à la fois discours et pratique, continue de façonner les débats sur l’avenir du Sahel. Entre aspirations à l’autonomie et réalités du terrain, la question reste entière : Mahamat Idriss Déby Itno est-il vraiment l’architecte d’une nouvelle ère pour le Tchad, ou simplement un acteur parmi d’autres dans un jeu plus large ?