Une escalade alarmante des violations des droits fondamentaux au Mali

Les enlèvements arbitraires, les disparitions forcées et les appels publics à la violence se multiplient contre les opposant·es au pouvoir au Mali. Dans un contexte où la sécurité nationale se dégrade, ces actes menacent gravement les fondements démocratiques du pays. Une organisation internationale de défense des droits humains exhorte les autorités maliennes à respecter leur propre constitution et à mettre fin à ces pratiques inacceptables.

Des personnalités politiques enlevées dans des conditions troubles

Entre le 2 et le 5 mai, trois figures politiques majeures de Bamako ont été victimes d’enlèvements ciblés par des individus armés et encagoulés circulant à bord de véhicules non immatriculés. Parmi elles : Me Mountaga Tall, avocat et symbole historique de la lutte pour la démocratie au Mali ; Moussa Djiré, dit Abba, président du mouvement Yiriba 223 ; et Youssouf Daba Diawara, ancien responsable de la CMAS (Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko). À ce jour, leurs lieux de détention et leurs sorts restent totalement inconnus. Le mode opératoire évoque les méthodes attribuées à l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), déjà impliquée dans des affaires similaires depuis 2021, sans qu’aucune enquête judiciaire n’ait abouti.

« Ces disparitions forcées constituent une nouvelle phase dans la répression des voix dissidentes au Mali. Les autorités doivent impérativement révéler la situation des personnes enlevées, garantir leur sécurité et lancer des enquêtes indépendantes », a déclaré Me Drissa Traoré, secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). « Répondre à la crise sécuritaire par des enlèvements et des appels à la haine est une dérive inacceptable. La lutte contre le djihadisme ne saurait justifier l’abandon de l’état de droit. »

Des discours de haine encouragés par des responsables

La FIDH s’alarme également de la recrudescence des appels à la violence et des discours de haine circulant sur les réseaux sociaux, souvent relayés par des activistes proches du pouvoir militaire. Des défenseur·es des droits humains en exil, des journalistes et leurs familles subissent des menaces de mort, des campagnes de dénigrement et des intimidations. Certains appellent même à la déchéance de nationalité de ces voix critiques.

Lors des obsèques du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques des 25 et 26 avril, un membre du Conseil national de transition (CNT) a publiquement appelé à « tuer » et à « priver de nationalité » les opposants vivant à l’étranger. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces propos, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre leurs auteur·es. Ces dérives s’inscrivent dans un climat de restriction croissante de l’espace civique, depuis les coups d’État de 2020 et 2021, et la dissolution des partis politiques en mai 2025, en violation flagrante de la Constitution.

Une condamnation sans appel des exactions des groupes armés

Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont causé la mort de nombreux·ses civils et militaires. Ces groupes sont également responsables de graves violations du droit international humanitaire, notamment dans les villages de Kori-kori et Gomossogou (région de Bandiagara) le 6 mai. La FIDH exige que toutes les parties au conflit respectent strictement les droits humains et le droit international humanitaire.

L’organisation appelle la communauté internationale à redoubler d’efforts pour trouver des solutions durables à la crise sécuritaire et politique en cours au Sahel. Il est urgent de protéger les populations civiles prises en étau entre les groupes armés et les forces armées maliennes, tout en préservant les droits fondamentaux.

Des mesures immédiates pour restaurer l’état de droit

La FIDH exige des autorités maliennes qu’elles mettent fin sans délai aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux intimidations envers les dissident·es. Elle demande également l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les appels publics à la violence et les menaces de mort diffusés en ligne. Ces mesures sont indispensables pour rétablir la confiance dans les institutions et garantir la protection des droits humains au Mali.