Alors que la capitale malienne respire enfin grâce à l’arrivée de deux convois majeurs, le reste du pays fait face à une insécurité grandissante. Entre livraisons stratégiques à Bamako et avancées inquiétantes du JNIM dans les zones centrales, le Mali se trouve à un carrefour critique.

Bamako respire : les livraisons de carburant et d’armement redonnent un souffle à la capitale

Après des semaines de tensions liées aux ruptures d’approvisionnement, Bamako bénéficie d’une accalmie notable depuis la fin juillet. Deux convois exceptionnels ont franchi les obstacles pour ravitailler la ville en carburant et en matériel militaire, démontrant une capacité de résilience face aux menaces terroristes.

Le 24 juillet, un premier convoi historique de plusieurs centaines de camions-citernes a atteint Bamako sans encombre. Traversant la région de Kayes, ces véhicules ont évité les pièges tendus par le JNIM, marquant une victoire tactique pour les forces de sécurisation. Cet afflux de carburant essentiel a permis de relancer le fonctionnement des infrastructures vitales de la capitale.

Un axe logistique inédit : le Togo, le Burkina Faso et le Mali en première ligne

Le lendemain, un convoi militaire d’envergure a également franchi les frontières pour rejoindre Bamako. Partant du port de Lomé (Togo), ce transport exceptionnel a contourné la Guinée pour emprunter une nouvelle route via le Burkina Faso, avant d’entrer au Mali par Sikasso. Cette manœuvre confirme l’émergence d’un corridor logistique ouest-africain stratégique.

Le matériel livré, initialement déchargé d’un cargo russe, inclut une dotation impressionnante : 3 véhicules de combat d’infanterie BMP-2, 8 BMP-3, 14 blindés résistants aux mines (MRAP), 4 transports de troupes BTR-82, 2 systèmes de défense antiaérienne, ainsi qu’un important contingent de camions logistiques et de motos tactiques. Ces équipements doivent renforcer les capacités de riposte des FAMa et de leurs alliés russes d’Africa Corps.

Le Centre-Mali sous pression : la RN16, un axe devenu mortel

Si Bamako retrouve un semblant de stabilité, le Centre du Mali reste plongé dans une crise sécuritaire profonde. Les routes, autrefois artères vitales, sont désormais des pièges mortels où les groupes armés multiplient les attaques ciblées.

Entre le 25 et le 26 juillet, la route nationale 16 (RN16) a été le théâtre d’affrontements dévastateurs près de Mopti. Un convoi mixte FAMa/Africa Corps, parti de Sévaré pour rejoindre Gao, a subi une série d’embuscades coordonnées autour de Hombori. Le JNIM a utilisé des engins explosifs improvisés (IED) avec une précision chirurgicale, ciblant la colonne sur le tronçon Wami-Agoufou. Plusieurs véhicules ont été détruits, illustrant la maîtrise du terrain par les jihadistes et la difficulté des forces régulières à sécuriser les axes principaux.

Une stratégie asymétrique qui étouffe les zones rurales

L’insécurité ne se limite pas à la RN16. Le JNIM a également mené une embuscade entre Niafunké et Tonka, ainsi qu’une contre-offensive au nord de Niono le 26 juillet, repoussant une avancée des troupes d’Africa Corps. Ces actions démontrent la capacité des groupes armés à frapper rapidement et à se replier, maintenant une pression constante sur les forces de sécurité.

Kouakourou, symbole d’un échec stratégique

La crise humanitaire dans le cercle de Djenné, autour de la localité de Kouakourou, illustre l’ampleur des défis rencontrés. Le 19 juillet, le camp militaire local est tombé aux mains du JNIM, un revers symbolique et opérationnel majeur pour l’État malien.

Face à cette perte, l’armée malienne a tenté de réagir par les airs. Le 21 juillet, des frappes aériennes ont neutralisé cinq terroristes à moto et détruit une camionnette chargée de matériel. Pourtant, malgré l’intensité des bombardements, les forces pro-gouvernementales n’ont pas pu lancer une opération terrestre pour reprendre la ville, qui reste entièrement sous le contrôle du groupe jihadiste.

Des milliers de civils en fuite

La situation à Kouakourou a provoqué un exode massif. Des milliers d’habitants ont fui leurs foyers, abandonnant terres agricoles et habitations par crainte des violences. Cet afflux de déplacés s’ajoute à la crise humanitaire déjà critique dans la région de Mopti, saturant les capacités d’accueil des communes voisines.

Un bilan contrasté : entre avancées logistiques et reculs stratégiques

Le Mali se trouve aujourd’hui à un tournant. D’un côté, Bamako et ses environs bénéficient d’un ravitaillement accru et de renforts militaires significatifs. De l’autre, le Centre et le Nord du pays restent sous la menace constante du JNIM, qui étend son emprise sur les zones rurales.

L’arrivée de matériel lourd russe pourrait-elle inverser la tendance ? Les prochains mois seront décisifs pour savoir si ces livraisons logistiques se traduiront par des victoires territoriales durables ou si le groupe terroriste continuera de dicter le rythme des affrontements.