Manifestations au Togo : l’opposition dénonce une réforme constitutionnelle controversée

Plusieurs centaines de citoyens se sont rassemblés dimanche dernier à Vogan, dans la région méridionale du Togo, pour exprimer leur rejet de la nouvelle Constitution togolaise adoptée en 2024. Ce texte, vivement critiqué par l’opposition, est accusé de permettre au président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, de consolider son emprise sur le pouvoir.

Un mouvement citoyen en pleine expansion

Cette mobilisation, pilotée par le Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC) — une alliance regroupant des partis politiques d’opposition et des associations de la société civile — marque la deuxième grande manifestation organisée par cette coalition en l’espace de trois mois. Le premier rassemblement avait eu lieu début mai, alors que les mouvements de protestation restent relativement rares dans le pays.

Les participants ont brandi des banderoles et des pancartes aux messages percutants, comme « Non au coup d’État constitutionnel » ou encore « Nous refusons un changement de gouvernement illégal ». Ces slogans reflètent une inquiétude croissante face à ce qu’ils perçoivent comme une manœuvre politique pour contourner les règles démocratiques.

Des accusations de coup d’État institutionnel

« La Constitution de 2024 est une pure illégalité. Il s’agit d’un véritable coup d’État institutionnel que les Togolais ne toléreront sous aucune forme », a affirmé David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo debout (FCTD), l’un des collectifs à l’origine de l’appel à la mobilisation. Cette réforme, entrée en vigueur en 2024, a profondément transformé le paysage politique togolais en supprimant l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct.

Désormais, le pays s’oriente vers un système parlementaire où le poste de président du Conseil — devenu la fonction exécutive la plus influente — est occupé par Faure Gnassingbé. Une évolution que l’opposition interprète comme une stratégie pour perpétuer son mandat, alors que le gouvernement justifie ce changement par une volonté de renforcer la représentativité des institutions.

Un bilan humain lourd et des tensions persistantes

Les tensions liées à cette réforme ont déjà provoqué des violences en 2025, entraînant la mort de sept personnes selon les organisations de la société civile, tandis que les autorités judiciaires évoquent cinq décès par noyade. Un climat de mécontentement qui s’intensifie au fil des mois.

Le 29 janvier dernier, la Cour de justice de la CEDEAO a rendu un verdict sans équivoque : elle a jugé que cette réforme constitutionnelle constituait « un changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Une décision que le gouvernement togolais a immédiatement rejetée, arguant que la Cour excède ses prérogatives. Selon lui, son rôle se limite au respect des droits humains et du droit communautaire, sans compétence pour statuer sur la conformité des lois nationales.