Une opération militaire menée par l’Africa Corps, une force paramilitaire placée sous l’autorité directe de la Russie, a entraîné la mort de neuf civils, dont quatre enfants, dans un village du centre du Mali début juillet. Des dizaines d’autres personnes ont également été frappées, tandis que des habitations ont été pillées et incendiées lors de cette attaque ciblant des civils sans défense.
Une attaque éclair dans la région de Mopti
Aux premières heures du 10 juillet, plus de 100 combattants de l’Africa Corps, épaulés par une poignée de militaires maliens, ont pris le village de Bombori d’assaut. Équipés de pick-up armés et de motos, ils ont fait irruption dans les maisons du quartier peul, traquant les habitants avant de rassembler au moins 80 hommes et adolescents sous un arbre. Les témoignages recueillis sur place révèlent un scénario d’une violence inouïe : interrogatoires musclés, menaces de mort et exécutions sommaires.
Six civils ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir. Trois autres, dont un décapité, ont été arrêtés puis exécutés. « Les Russes étaient clairement aux commandes », confie un habitant de 39 ans. « Plus de cent hommes en tenue militaire, lourdement armés, encadraient l’opération. Un homme blanc, probablement le chef, dirigeait les tirs en l’air après chaque question. »
Une communauté peule ciblée
Les forces de l’Africa Corps n’ont frappé que le quartier peul de Bombori, épargnant celui des Rimaïbé. Les habitants de ce dernier confirment n’avoir subi ni arrestation ni violence. Cette attaque sélective interroge sur un possible profilage ethnique, alors que les Peuls sont depuis des années associés, à tort ou à raison, aux groupes armés islamistes par les autorités maliennes.
Les assaillants ont également dévalisé les foyers peuls, emportant argent et bijoux. Huit maisons ont été réduites en cendres, tout comme cinq greniers à céréales, privant les familles de leurs moyens de subsistance. « La fumée montait du quartier peul jusqu’à la mosquée », témoigne un boucher de 57 ans. « Les assaillants frappaient sans distinction, semant la terreur. »
Un bilan humain accablant
Les corps des victimes ont été retrouvés en début d’après-midi, après le départ des assaillants. Cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants de 6 à 17 ans gisaient sans vie. Les descriptions des témoins sont glaçantes : plaies ouvertes à la poitrine et au dos pour les deux hommes abattus sous leurs yeux, décapitation pour l’un des détenus emmenés, égorgements et ligatures pour les autres.
« J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », raconte un homme de 40 ans. « Un soldat blanc, assis sur une moto, continuait de tirer sur les corps à terre. » D’autres habitants décrivent des scènes de torture : coups de pied, crosse de fusil dans le dos, fouilles arbitraires des poches et saisie des téléphones. « On nous obligeait à nous allonger par terre, la tête baissée. Quiconque osait lever les yeux était frappé. »
Un contexte sécuritaire explosif
Bombori était sous l’emprise du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un groupe armé lié à Al-Qaïda, depuis 2017. Pourtant, ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque. « Les djihadistes ont fui dans la nuit, nous laissant sans protection », explique un habitant. « L’armée ne nous défend pas, elle nous cible. »
Depuis 2012, le Mali lutte contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a rompu avec la France et les forces onusiennes, se tournant vers la Russie. En 2021, le groupe Wagner, lié au Kremlin, a pris les rênes des opérations sécuritaires avant d’être remplacé par l’Africa Corps en 2025. Cette nouvelle force, composée en grande partie d’anciens de Wagner, perpétue les mêmes méthodes brutales.
Une impunité persistante
Les autorités maliennes et russes n’ont à ce jour réagi ni aux accusations ni aux questions posées par les enquêteurs. Pourtant, le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre les civils, les meurtres sommaires, les traitements cruels et la torture. Les responsables de ces crimes pourraient être poursuivis pour crimes de guerre.
« Bombori est la preuve que les civils maliens sont pris en étau entre les groupes armés et un gouvernement incapable de protéger sa population », dénonce un responsable local. « Ni le GSIM, ni l’armée malienne, ni ses alliés russes ne respectent la loi. »
