Une détention jugée arbitraire par les Nations unies
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu un avis sans équivoque : la privation de liberté de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains, est arbitraire. Dans son avis n°4/2026 adopté le 23 mars 2026 et publié le 23 juin 2026, l’instance onusienne souligne l’absence totale de base juridique à cette détention, ainsi que des violations graves de ses droits fondamentaux.
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, co-pilote de cette démarche, se félicite de cette décision et exhorte les autorités du Niger à s’y conformer sans délai. La libération immédiate et inconditionnelle de Moussa Tiangari s’impose comme une priorité absolue.
Un parcours marqué par la répression judiciaire
L’arrestation de Moussa Tiangari le 3 décembre 2024 à son domicile de Niamey a marqué le début d’une épreuve judiciaire de longue haleine. Après avoir été détenu au secret pendant 48 heures, il a été localisé au Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée avant d’être placé en garde à vue. Son inculpation par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey est intervenue le 3 janvier 2025, sur la base d’accusations graves incluant « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État » et « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ».
Ces chefs d’accusation, passibles de la peine de mort, reposent sur des allégations floues, notamment après sa participation à une conférence internationale à Abidjan en novembre 2024, où il aurait critiqué la déchéance de nationalité décidée par le régime militaire nigérien. Une accusation relayée par un journaliste proche des autorités, sans preuve tangible.
Un harcèlement judiciaire systématique
Ce n’est malheureusement pas la première fois que Moussa Tiangari est victime de mesures répressives. Depuis 2015, il subit un harcèlement judiciaire constant en raison de son engagement en faveur des droits humains :
- En 2015 : dix jours de détention arbitraire pour « atteinte à la défense nationale » et « propos de nature à démoraliser les troupes ».
- En 2018 : quatre mois de détention pour son implication dans des manifestations pacifiques contre la loi de finances.
- En 2020 : un mois et demi de détention après une manifestation anti-corruption dénonçant des détournements de fonds publics.
Ces antécédents illustrent une stratégie délibérée de silenciation des voix dissidentes au Niger, particulièrement depuis le coup d’État du 27 juillet 2023. L’espace civique s’est considérablement rétréci, avec des arrestations arbitraires, des déchéances de nationalité et des entraves répétées aux libertés fondamentales.
Une détention prolongée malgré les normes légales
Malgré les dispositions de l’ordonnance n°2026-10 du 16 février 2026, qui limite la détention provisoire à douze mois renouvelables une fois en matière criminelle, Moussa Tiangari est détenu depuis plus d’un an et demi. Le 15 mai 2026, la chambre de contrôle du pôle spécialisé en lutte contre le terrorisme de la Cour d’Appel de Niamey a rejeté sa demande de libération provisoire, alors que ses avocats avaient saisi les autorités judiciaires dès le 19 juin 2026 pour exiger sa remise en liberté.
Pire encore : l’ordonnance n°2026-35 du 26 juin 2026 a rétroactivement modifié l’article 615 du code de procédure pénale, portant la durée maximale de la détention provisoire à quatre ans renouvelables. Cette modification, jugée suspecte par ses défenseurs, pourrait servir à prolonger indûment sa détention.
Une situation alarmante pour les défenseurs des droits humains
L’Observatoire exige des autorités nigériennes qu’elles :
- Libèrent immédiatement Moussa Tiangari et abandonnent toutes les charges le visant.
- Lui accordent le droit à réparation pour les violations subies.
- Mènent une enquête indépendante sur les conditions de sa détention et les allégations de torture.
- Mettent fin au harcèlement judiciaire à son encontre et à celui de tous les défenseurs des droits humains au Niger.
Les représentants de l’État doivent garantir en toutes circonstances le respect du droit à la liberté d’expression, tel que garanti par le droit international, notamment l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, auxquels le Niger est partie.
Un appel à l’action immédiate
La détention de Moussa Tiangari symbolise la répression croissante des voix critiques au Niger. Alors que le pays traverse une période de transition politique délicate, le respect des droits humains doit rester une priorité. La communauté internationale et la société civile nigérienne doivent unir leurs voix pour exiger la fin de cette injustice.