Ousmane Sonko à un meeting

Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale sénégalaise, a dressé un bilan sans concession de la gouvernance actuelle lors d’un rassemblement à Dahra Djoloff. Six ans après l’alternance politique promise, il dénonce une dérive inquiétante vers les pratiques qu’il avait précisément promises d’éradiquer.

Un projet politique trahi par ses propres rangs

Face à une foule de militants mobilisés, Ousmane Sonko a exprimé sa déception la plus totale. Selon lui, les idéaux portés par le projet initial de Pastef — transparence, reddition des comptes, bonne gouvernance, justice équitable et renégociation des ressources naturelles — sont aujourd’hui sérieusement compromis. « Ce n’est pas une question de personnes, mais de respect des engagements pris devant le peuple », a-t-il martelé, soulignant que même les compagnons de route les plus fidèles ont failli à leurs promesses.

Le leader de l’opposition a insisté sur un paradoxe troublant : comment des cadres ayant partagé des années de combat aux côtés de Sonko peuvent-ils aujourd’hui cautionner un système qu’ils condamnaient hier ? Une question qui, selon lui, révèle une fracture profonde entre les discours et les actes.

La réorganisation du système : un retour aux vieilles méthodes

Parmi les accusations les plus graves, Ousmane Sonko a pointé la reconstitution du système qu’il avait combattu au sommet de l’État. Une dynamique qu’il qualifie de « trahison » envers les attentes populaires. « Malheureusement, c’est ce même système qui s’est réorganisé au Palais pour saper notre projet et reprendre ses vieilles habitudes », a-t-il alerté, évoquant un retour en arrière des pratiques politiques sénégalaises.

Il a notamment critiqué la mainmise sur les institutions, estimant que le pouvoir actuel, bien qu’issu d’un processus démocratique, s’appuie davantage sur l’appareil d’État que sur une légitimité populaire. « En démocratie, le souverain, c’est le peuple, et non les institutions », a-t-il rappelé, mettant en garde contre une dérive autoritaire déguisée en stabilité institutionnelle.

La Cour suprême et le Conseil constitutionnel dans le viseur

Ousmane Sonko a également tiré la sonnette d’alarme concernant les tentatives de capture des hautes juridictions. Selon lui, des manœuvres seraient en cours pour instrumentaliser la Cour suprême et le Conseil constitutionnel au service d’intérêts particuliers. Une accusation qui, si elle se confirmait, illustrerait parfaitement la stratégie de reconquête des leviers du pouvoir par les anciennes élites, six ans après l’alternance tant espérée.

Ces révélations, faites lors d’un meeting à Dahra Djoloff, confirment la tension croissante entre le pouvoir et l’opposition à l’approche des prochains scrutins. Un bras de fer politique qui pourrait redéfinir l’avenir institutionnel du Sénégal.