Paul Biya, chef de l’État camerounais en fonction depuis 1982, a fait son retour à Yaoundé ce jeudi 20 août, mettant fin à une absence de plus de deux mois qui a alimenté les discussions dans tout le pays. À 93 ans, le doyen des dirigeants africains avait quitté la capitale camerounaise le 7 juin pour, selon les communiqués officiels, un « séjour privé en Europe ».
Les observateurs locaux ont confirmé sa présence à Genève, en Suisse, où il aurait séjourné aux côtés de sa famille et de certains de ses plus proches conseillers. Son retour a été marqué par une réception à l’aéroport de Yaoundé, où une foule de partisans du parti présidentiel l’attendait, certains arborant des pagnes à son effigie. Le président a salué la foule depuis son véhicule, avant de regagner le palais d’Etoudi, sa résidence officielle, accompagné de son épouse, Chantal Biya.
Cette absence prolongée, la plus longue depuis des années, a relancé les interrogations sur sa capacité à diriger le Cameroun. Des rumeurs persistantes évoquent des problèmes de santé, bien que le gouvernement ait démenti à plusieurs reprises toute hospitalisation à Genève. Le 18 juin dernier, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait catégoriquement nié ces allégations, suite à la diffusion d’articles de presse internationaux.
Un pays en proie aux doutes institutionnels
L’opposition camerounaise n’a pas manqué de critiquer cette longue absence, qualifiant la situation de « vide institutionnel » et dénonçant un pays en « pilotage automatique ». Ces critiques interviennent alors que l’attente d’une nomination pour un nouveau gouvernement et d’un vice-président s’éternise, suscitant des tensions politiques croissantes.
Certains Camerounais présents à l’aéroport pour accueillir le président ont défendu l’idée que son absence n’avait pas perturbé le fonctionnement du pays. « Pour une démocratie comme la nôtre, une absence prolongée peut soulever des questions, mais cela n’a pas affecté le quotidien des Camerounais », a déclaré Gilles Owono, un enseignant de 30 ans.
James Fame Ndongo, cadre du parti au pouvoir et ministre de l’Enseignement supérieur, a également réagi aux critiques en affirmant que « où qu’il soit, le président suit attentivement les dossiers qui lui sont soumis par ses collaborateurs ».
Une frustration populaire qui persiste
Pourtant, de nombreux Camerounais expriment un profond mécontentement face à ces absences répétées, qui s’accumulent depuis plus de deux décennies. « Que Paul Biya soit présent ou non, rien ne change. Quand il est là, il n’agit pas. Participer à ces réceptions, c’est juste un spectacle », a réagi Prosper Nkou Mvondo, figure de l’opposition au sein du parti Univers.
Le retour du président intervient quelques mois après sa réélection controversée pour un huitième mandat en octobre 2025. Les manifestations qui avaient suivi ce scrutin avaient été violemment réprimées, avec « plusieurs dizaines de morts » reconnus par les autorités, sans que le bilan exact ne soit jamais communiqué. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient également suscité des réserves parmi certains partenaires internationaux.
Cette longue absence a également ravivé les spéculations sur l’après-Biya. La question de sa succession reste entière, d’autant plus qu’aucun vice-président n’a encore été désigné. En cas de vacance du pouvoir, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui serait amené à assurer l’intérim jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.
