Depuis le 7 juin 2026, le Cameroun fait face à une situation inédite : le président Paul Biya, en déplacement en Europe pour un prétendu court séjour privé, n’a toujours pas réapparu en public. Plus de deux mois plus tard, son absence prolongée dépasse le cadre politique pour s’immiscer dans le quotidien des Camerounais. Dans un pays où le pouvoir repose sur une centralisation extrême, ce vide à la tête de l’État n’est pas sans conséquences sur l’économie et la vie sociale.
Économie au point mort : des marchés financiers aux grands chantiers
Au Cameroun, chaque décision majeure dépend de l’arbitrage présidentiel. Cette dépendance illustre la fragilité du système lorsque le chef de l’État est absent. Plusieurs signaux d’alerte se multiplient :
- Marchés financiers en déroute : Les obligations camerounaises en dollars affichent l’une des pires performances du continent. Les agences de notation (Moody’s, Fitch, S&P) pointent une instabilité politique croissante et un manque de visibilité sur l’avenir du pays, freinant les investissements étrangers.
- Projets bloqués : Les infrastructures et les partenariats public-privé, essentiels au développement, stagnent faute de décisions rapides. Les dossiers s’accumulent, retardant les décaissements et l’exécution du budget national.
- Paralysie administrative : Malgré la réforme constitutionnelle de 2026 instaurant un poste de vice-président pour éviter les crises de succession, ce dernier reste vacant. De même, le remaniement ministériel tant attendu n’a toujours pas eu lieu, maintenant une gouvernance en stand-by.
Vie quotidienne : inflation, méfiance et crises ignorées
Pour les citoyens, les répercussions de cette absence se font sentir au quotidien. Les Camerounais subissent de plein fouet les conséquences d’une gestion politique en suspens :
- Pouvoir d’achat en chute libre : L’inflation grignote le budget des ménages, notamment sur les produits de première nécessité et les carburants. Sans mesures correctives, la précarité s’aggrave, alimentant un sentiment d’abandon.
- Rumeurs et tensions sociales : L’absence de communication officielle nourrit les spéculations sur les réseaux sociaux. Cette opacité alimente la défiance envers les institutions et creuse un fossé entre la jeunesse et les autorités.
- Crises non résolues : Les défis majeurs, comme la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), le chômage des jeunes ou la dégradation des infrastructures, manquent cruellement de leadership pour avancer vers des solutions durables.
Un système à bout de souffle
Cette absence prolongée de Paul Biya agit comme un révélateur des failles structurelles du Cameroun. Elle expose la vulnérabilité d’un modèle où le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul homme. Sans clarification rapide sur la gouvernance et une reprise des affaires courantes, le pays risque de perdre la confiance de ses partenaires internationaux et de s’enfoncer dans une crise sociale profonde.
Pour éviter le pire, l’urgence est claire : rétablir un cadre politique stable et relancer les mécanismes de décision afin de préserver la stabilité économique et sociale du Cameroun.
