Derrière l’accord de cession de 42,5% du permis pétrolier Thali à Prime Global Energies, validé par la présidence camerounaise, se cache une opération de sauvetage financier pour l’opérateur britannique Tower Resources. L’analyse des comptes semestriels révèle une trésorerie exsangue et un calendrier de forage repoussé, faisant de l’arrivée du nouveau partenaire une condition de survie pour le projet offshore.
Un feu vert présidentiel qui ne clôt pas la procédure
Le palais d’Etoudi a donné son autorisation, mais le circuit administratif camerounais reste inachevé. Tower Resources indique avoir reçu une copie de la lettre présidentielle adressée aux services du Premier ministre, au ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) ainsi qu’à la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Il manque encore l’arrêté prolongeant la période initiale d’exploration et la lettre formelle d’approbation, sans lesquels la cession demeure suspendue.
Ce décalage entre l’annonce politique et la réalité administrative traduit la complexité du dossier. L’opérateur britannique lui-même reconnaît que le calendrier de finalisation reste incertain, une prudence qui contraste avec l’image d’un feu vert définitif souvent véhiculée.
Prime Global Energies, un partenaire au profil atypique
L’entrée de Prime Global Energies ne doit rien au hasard. Enregistrée au Royaume-Uni, la société opère dans l’amont pétrolier et gazier. Jusqu’en décembre 2024, elle portait le nom de Prime Pakistan Limited, après avoir été connue sous l’appellation Eni Pakistan Limited. Cette filiation avec le groupe italien Eni constitue un gage d’expérience opérationnelle, susceptible de rassurer Yaoundé sur la solidité technique du nouvel entrant.
Le montage retenu est celui d’un farm-out classique : Prime n’effectue pas de versement direct à Tower, mais s’engage à financer une partie du programme technique, à hauteur de 15 millions de dollars, en échange de sa participation. Converti au cours de référence de la Banque centrale européenne du 28 septembre 2026, ce montant équivaut à environ 8,65 milliards de FCFA. Tower Resources Cameroon, filiale locale du groupe londonien, conservera la conduite des opérations.
NJOM-3 : un forage repoussé et une logistique déjà en place
L’objectif premier de cette cession est de sécuriser le financement du puits d’appréciation NJOM-3. Tower a révisé son échéancier : le forage devrait débuter au début du deuxième trimestre 2027, soit à partir d’avril, contre une hypothèse antérieure fixée au premier trimestre. Un démarrage plus précoce n’est pas totalement exclu, mais la direction préfère retenir la fenêtre la plus prudente.
« Nous prévoyons actuellement de commencer le forage au début du deuxième trimestre 2027 », déclare Jeremy Asher, président-directeur général de Tower Resources. Le choix de la plateforme de forage n’est pas encore contractualisé. La compagnie examine les appareils disponibles sur le marché et a décidé de ne plus communiquer sur ce point avant la signature d’un contrat ferme. Les projets d’accord avec les autres prestataires nécessaires sont, en revanche, déjà prêts.
Une partie de la logistique est même déjà positionnée à Douala. Tower y a entreposé, avec d’autres équipements destinés à NJOM-3, un système permettant de suspendre le puits après les tests et de le réutiliser ultérieurement pour la production, si les résultats s’avèrent probants.
Une trésorerie exsangue qui fait de l’accord une bouée de sauvetage
L’apport de Prime revêt un caractère quasi existentiel pour Tower. Le groupe indique dans ses comptes qu’il devra soit finaliser le farm-out camerounais, soit conclure une autre transaction sur ses actifs, soit lever des capitaux supplémentaires pour honorer ses engagements. Au 30 juin 2026, la compagnie ne disposait que de 66 583 dollars de trésorerie, face à 2,91 millions de dollars de passifs courants. Elle n’a jamais produit un baril et ne génère aucun chiffre d’affaires.
Sur le premier semestre, 453 000 dollars de dépenses ont été capitalisés au Cameroun, contre 982 000 dollars un an plus tôt. Ces engagements couvrent la préparation de NJOM-3, les études d’ingénierie, la planification du forage et le fonctionnement du bureau de Douala. Les 15 millions de dollars promis par Prime devraient suffire à couvrir le solde nécessaire au forage d’appréciation. Les tests ultérieurs et un éventuel développement commercial du gisement exigeront, eux, de nouveaux tours de table.
Les enseignements d’un dossier sous tension
Cette opération révèle les fragilités structurelles d’un projet pétrolier suspendu à la capacité de son opérateur à attirer des financements. Elle illustre aussi la prudence des autorités camerounaises, qui valident l’entrée d’un partenaire sans encore délivrer tous les actes administratifs. Entre l’annonce politique et la réalité opérationnelle, le permis Thali reste un chantier en équilibre précaire, dont l’avenir dépendra de la concrétisation effective du forage NJOM-3.

