Jean Rodrigue Atemengue s’interroge sur la pertinence de monopoliser l’espace public avec le sport alors que le pays attend des réformes politiques majeures depuis des mois.
Le Cameroun ne participera pas à la prochaine Coupe du monde. Nos Lions Indomptables seront absents de ce grand rendez-vous planétaire. Pourtant, la société camerounaise semble toujours prisonnière de polémiques incessantes autour de la fédération et de querelles sportives stériles. Pendant ce temps, les véritables souffrances de la nation demeurent sans réponse.
Une inversion inquiétante des priorités nationales
Il est troublant de constater que le football, autrefois symbole d’unité et de rayonnement, est lui-même plongé dans une crise profonde. Entre gestion contestée, conflits d’ego, scandales financiers et infrastructures à l’abandon, le sport roi n’est plus que l’ombre de lui-même. Cette non-qualification pour le Mondial n’est que le reflet d’un malaise généralisé.
Malgré ce déclin évident, certains s’obstinent à placer le ballon rond au centre de toutes les discussions. Si la passion pour le football est légitime et que des figures comme Samuel Eto’o forcent l’admiration, le sport ne doit pas servir d’écran de fumée pour occulter les enjeux cruciaux de notre avenir commun.
Les véritables urgences qui exigent notre attention
Le débat public camerounais devrait se focaliser sur des réalités bien plus pressantes que le gazon des stades :
- L’inertie gouvernementale : Un remaniement est espéré depuis des mois sans jamais se concrétiser, laissant le pays dans une forme d’attentisme politique.
- Le vide institutionnel : Bien que la Constitution ait été révisée pour créer un poste de vice-président, cette fonction reste désespérément vacante. De même, l’absence prolongée de Conseil des ministres et de Conseil supérieur de la magistrature interroge sur la marche de nos institutions.
- La fragilité de l’État de droit : Quand des mandats de justice ne sont pas exécutés ou que des décisions de mise en liberté sont qualifiées de faux, c’est la crédibilité de tout notre système judiciaire qui s’effondre.
- Le quotidien des citoyens : Le chômage des jeunes, le coût de la vie insupportable, l’accès précaire à l’eau potable et à l’électricité, ainsi que le délabrement des infrastructures routières sont des sujets qui méritent une mobilisation bien plus forte que le classement FIFA.
Sortir de la distraction pour affronter les défis
Cette focalisation excessive sur les polémiques sportives profite à ceux qui souhaitent voir les enjeux économiques et sociaux passer au second plan. Les journalistes, les universitaires et les leaders d’opinion ont le devoir de ne pas privilégier le spectacle au détriment de l’analyse de fond.
Il ne s’agit pas de rejeter le football, mais de savoir hiérarchiser les besoins. Nous pourrons nous passionner à nouveau pour les stades quand nos institutions seront solides, quand la justice sera digne de confiance et quand chaque Camerounais pourra entrevoir des perspectives d’avenir concrètes.
Le Cameroun mérite un débat public rigoureux, porté par une gouvernance responsable. L’histoire se souviendra de ceux qui ont eu le courage d’aborder les problèmes structurels du pays, plutôt que de ceux qui se sont perdus dans les bruits d’un tournoi auquel nous ne participons même pas.