À peine trois jours après l’avoir accueilli au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye a pris une décision historique : le Sénégal apportera un soutien total à la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Une décision qui marque un tournant politique et diplomatique majeur.

Un choix politique audacieux

Cette annonce surprend, tant les relations entre les deux hommes ont été tendues par le passé. Bassirou Diomaye Faye, élu dans des circonstances exceptionnelles après une incarcération en 2023 et une grâce présidentielle en mars 2024, avait toujours dénoncé les dérives de l’ancien président Macky Sall. Pourtant, face aux enjeux de prestige et d’influence, le chef de l’État a choisi de dépasser les rancœurs personnelles.

Le gouvernement sénégalais a souligné que cette décision s’inscrit dans une logique de continuité étatique, au-delà des alternances politiques. Le président Bassirou Diomaye Faye a ainsi reçu Macky Sall avec une courtoisie républicaine, marquant une forme de réconciliation entre les deux figures politiques.

Un tournant motivé par des changements internes

Ce revirement n’aurait probablement pas été possible sans un événement clé : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, démis de ses fonctions de Premier ministre en mai. Tant que leur alliance tenait, la ligne dure contre l’ancien régime restait un pilier du discours gouvernemental, portée principalement par Ousmane Sonko. Son départ a offert au président une marge de manœuvre inédite pour agir dans l’intérêt diplomatique du pays.

Cette décision s’inscrit également dans une stratégie personnelle de Bassirou Diomaye Faye. En vue de sa réélection en 2029, il cherche à reconstruire une nouvelle coalition politique, intégrant même des réseaux de l’ancien système, y compris ceux de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade. La popularité persistante de l’ancien président lors de sa visite à Dakar a confirmé cette approche.

Un soutien diplomatique crucial mais pas suffisant

Pour Macky Sall, ce soutien du Sénégal est un atout majeur. Sa candidature, officiellement déposée en mars par le Burundi au nom de la présidence tournante de l’Union africaine, souffrait d’un défaut de légitimité nationale. Dans les négociations diplomatiques, le silence ou la neutralité d’un État vis-à-vis de son propre candidat est souvent interprété comme un désaveu. Le feu vert de Dakar renforce donc sa position et prive ses rivaux d’un argument de poids.

Cependant, cette reconnaissance ne garantit pas une victoire. La coutume veut que la succession d’António Guterres revienne à un candidat latino-américain, région qui n’a plus occupé ce poste depuis 1991. Quatre des cinq candidats déclarés sont d’ailleurs originaires de cette zone : l’Argentin Rafael Grossi, la Chilienne Michelle Bachelet, la Costaricaine Rebeca Grynspan et l’Équatorienne Maria Fernanda Espinosa. Macky Sall, seul candidat non latino et ancien chef d’État, reste donc en position de challenger.

Les défis à venir

Le sort de sa candidature se jouera avant tout au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. Malgré des relations cordiales avec la France et la Russie, Macky Sall devra convaincre les grandes puissances. Son parcours politique, marqué par une abstention lors du vote sur l’Ukraine en 2022, pourrait influencer ces arbitrages.

Le verdict final est attendu pour l’automne, mais une chose est sûre : le Sénégal a désormais mis tout son poids diplomatique derrière cette candidature. Une décision qui redéfinit les équilibres politiques internes et renforce la position internationale du pays.