Au début du mois de mai, les forces de défense et de sécurité du Sénégal ont mené une offensive d’envergure dans le sud du pays. Appuyés par des unités cynophiles, les militaires et gendarmes ont procédé à l’éradication de vastes plantations de chanvre indien. Cette intervention marque une nouvelle étape dans la gestion de l’un des plus anciens conflits du continent, qui persiste depuis plus de quatre décennies en Casamance, bien que le mouvement indépendantiste local soit aujourd’hui en perte de vitesse.

L’opération s’est déroulée à proximité de la frontière avec la Gambie, zone de repli historique pour les combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Ce groupe armé réclame l’autonomie de cette région méridionale depuis la fin de l’année 1982. Le bilan de cette récente incursion fait état de quatorze arrestations, de la saisie de matériel de guerre et de la destruction de plus de six tonnes de cannabis. Selon le colonel Cheikh Guèye, responsable militaire dans la zone de Ziguinchor, l’opération a été couronnée de succès sans heurts majeurs.

Une rébellion vieillissante et isolée

Autrefois capable d’infliger des coups sévères, le MFDC apparaît désormais comme une force résiduelle. Le mouvement peine à renouveler ses rangs et fait face au vieillissement manifeste de ses troupes. En parallèle, l’armée nationale a considérablement modernisé ses équipements et renforcé ses effectifs. Cette fragilisation est accentuée par des dissensions internes profondes entre les différentes ailes politiques et militaires du mouvement.

L’isolement des rebelles s’explique également par une meilleure coordination sécuritaire entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau. Ces pays voisins, qui servaient autrefois de bases arrière ou de points d’approvisionnement, collaborent désormais activement avec Dakar. De plus, le soutien populaire s’étiole. Les populations locales, longtemps acquises à la cause ou résignées, manifestent aujourd’hui une volonté claire de retrouver la stabilité.

L’ascension politique de figures originaires de la région, à l’instar du Premier ministre Ousmane Sonko, joue aussi un rôle dans l’apaisement des tensions. Pour beaucoup d’habitants, cette présence au sommet de l’État offre un sentiment d’intégration et de reconnaissance qui faisait défaut par le passé.

Le cannabis, moteur de l’économie de guerre

Lors d’un récent déplacement à Ziguinchor, Ousmane Sonko a souligné que le MFDC n’exerçait plus de contrôle réel sur le territoire après quarante ans de lutte. Cependant, la persistance de l’insécurité est intimement liée à la culture du cannabis. Ce trafic illicite constitue la principale source de revenus des bandes armées, leur permettant de financer leurs opérations logistiques.

Le secteur de Nord Sindian, proche de la Gambie, reste particulièrement instable. Son relief accidenté, sa forêt dense et son enclavement géographique favorisent les activités criminelles. Dans ces zones isolées, le manque d’infrastructures routières empêche l’écoulement des produits agricoles légaux, poussant certaines communautés démunies vers la culture du chanvre par nécessité économique.

Un processus de paix encore fragile

Malgré la main tendue par les autorités gouvernementales, la souveraineté nationale reste non négociable. Si des accords de paix ont été signés ces dernières années, notamment en 2025 à Bissau avec certaines factions, la pacification totale n’est pas encore acquise. Le dépôt des armes demeure partiel, car certains éléments armés hésitent encore à renoncer définitivement à la lutte.

Néanmoins, les signes de normalisation se multiplient. Dans une grande partie de la Casamance, les populations déplacées et les réfugiés regagnent progressivement leurs terres d’origine. Ce retour au foyer, rendu possible par l’accalmie des hostilités, témoigne d’une aspiration profonde à clore ce chapitre douloureux de l’histoire sénégalaise.