Un séisme politique secoue le Sénégal depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, le 22 mai 2026. L’homme, figure incontournable de la scène politique sénégalaise, avait pourtant incarné pendant des années une alliance solide avec Bassirou Diomaye Faye, jusqu’à leur rupture fracassante.
Une complicité née dans l’adversité
Leur histoire commence sur les bancs de l’École nationale d’administration (ENA), où Faye et Sonko se lient d’une amitié qui semble indestructible. Tous deux deviennent inspecteurs des impôts, puis s’engagent ensemble dans la création du PASTEF en 2014. Leur combat commun contre l’ancien régime de Macky Sall les unit davantage, surtout après leur incarcération en 2023. Libérés in extremis, ils mènent une campagne éclair sous le slogan « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », symbolisant leur fusion politique.
Mais derrière cette victoire éclatante se cache une réalité moins glamour : Faye doit son accession à la présidence à l’aura de Sonko, dont la popularité auprès des jeunes est immense. Un rôle clé que Sonko n’a jamais oublié.
Les fractures d’un pouvoir partagé
Les tensions entre les deux hommes s’accumulent depuis des mois. Faye, perçu comme trop conciliant avec les contraintes internationales, notamment le FMI, se heurte à Sonko, qui prône une rupture radicale avec l’ancien système. Les désaccords portent aussi sur la gestion des réformes, la justice et la lutte contre la corruption.
Le Tera Meeting, organisé par Sonko en novembre 2025, marque un tournant. Sous les yeux médusés de l’exécutif, des milliers de Sénégalais répondent à l’appel, rappelant la puissance politique de Sonko. Une démonstration de force qui pousse Faye à réorganiser son camp en s’appuyant sur des figures controversées, comme Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall.
Le message est clair : Faye entend gouverner seul. Mais cette autonomisation a un prix : la rupture avec Sonko, dont le parti contrôle 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale.
Un scénario inédit et risqué
Sonko, limogé puis remplacé à la tête du PASTEF par El Malick Ndiaye, redevient une menace pour Faye. Avec un Parlement acquis à son camp, il pourrait tenter de destituer le président. Une situation explosive, d’autant que les réformes promises – emploi des jeunes, justice, économie – stagnent.
Deux ans après l’alternance, les attentes de la jeunesse sénégalaise restent insatisfaites. La crise politique actuelle risque d’aggraver les frustrations, alors que le pays fait face à des défis économiques majeurs.
