Sommet de l’UA : un chercheur camerounais dénonce l’élection des putschistes

Paul-Simon Handy, directeur régional de l'Institut d'études de sécurité (ISS) pour l'Afrique de l'Est, lors du sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba.

Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine a clos ses travaux avec une promesse forte : mettre fin aux coups de force et exclure tout changement de régime par la violence. Mais dans les coulisses, les doutes persistent. Le Camerounais Paul-Simon Handy, directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, présent à Addis-Abeba, livre son analyse dans un entretien exclusif.

Lors de ce rassemblement continental, les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de « faire taire les armes » et de sanctionner les putschistes. Pourtant, la question reste entière : ces engagements peuvent-ils se traduire dans les faits ?

Un chercheur camerounais face aux paradoxes du sommet

À la tribune, les discours ont salué l’unité africaine. Mais derrière les déclarations consensuelles, les réalités locales tranchent. Paul-Simon Handy, figure reconnue dans l’analyse des conflits africains, a partagé son scepticisme lors de cette rencontre.

Son constat ? Les coups d’État, autrefois systématiquement condamnés, gagnent désormais en légitimité grâce à des élections organisées après des putschs. Une tendance alarmante qui questionne la crédibilité des institutions continentales.

Des élections pour légitimer les coups d’État ?

Dans un entretien percutant, le chercheur camerounais a martelé un message clair :

« Il n’est pas acceptable que des auteurs de coups d’État soient élus démocratiquement. Une telle pratique sape les fondements mêmes de la démocratie et de l’État de droit. »

Pour lui, cette issue révèle une faille majeure dans la politique africaine. Les transitions forcées, suivies d’élections jugées libres, sont souvent présentées comme des succès démocratiques. Pourtant, elles masquent une réalité bien différente : des régimes nés d’un putsch qui instrumentalisent les scrutins pour se donner une façade légitime.

Addis-Abeba 2026 : entre déclarations et actions concrètes

Le sommet a adopté une résolution ferme : « tolérance zéro » envers les changements anticonstitutionnels de pouvoir. Mais l’histoire récente montre que les résolutions ne suffisent pas toujours à enrayer la vague des coups d’État. Le cas du Sahel en est un exemple frappant.

Paul-Simon Handy souligne que l’Union africaine doit passer des mots aux actes. Cela implique des sanctions ciblées, une pression diplomatique accrue et une coopération régionale renforcée pour empêcher les militaires de s’emparer du pouvoir.

Pour lui, la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, a un rôle clé à jouer. Les partenariats avec les juntes doivent être revus à la lumière de ces nouvelles réalités.

Un appel à la vigilance

Le chercheur camerounais appelle les citoyens africains à rester attentifs. Les élections organisées après des putschs ne sont pas toujours synonymes de retour à la normale. Bien souvent, elles servent à consolider des régimes autoritaires sous couvert de légitimité démocratique.

Il rappelle que la lutte contre les coups d’État ne se limite pas à des déclarations. Elle exige un engagement sans faille des institutions continentales et une mobilisation de la société civile.

Vers une refonte des mécanismes de prévention ?

Face à l’augmentation des putschs en Afrique, l’Union africaine doit réévaluer ses outils de prévention. Paul-Simon Handy propose plusieurs pistes :

  • Renforcer les mécanismes de médiation avant que les crises ne dégénèrent en coups d’État.
  • Appliquer des sanctions immédiates contre les juntes militaires qui s’emparent du pouvoir.
  • Encourager les transitions civiles et exclure toute collaboration avec les régimes issus de putschs.
  • Sensibiliser les populations sur les dangers des élections organisées après des coups d’État.

Ces mesures, selon lui, pourraient contribuer à inverser la tendance et à rétablir la confiance dans les institutions démocratiques africaines.

Le sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba a posé les bases d’un débat nécessaire. Mais comme le rappelle Paul-Simon Handy, les paroles doivent désormais être suivies d’effets.