Un tournant politique au Sénégal : l’ascension d’Ousmane Sonko

À Dakar, devant la résidence d’Ousmane Sonko située à la Cité Keur Gorgui, l’effervescence est palpable. Un militant du parti Pastef-Les Patriotes scande le nom de son leader, tandis que les souvenirs de la campagne électorale résonnent encore dans les esprits. Nourdine Diallo, ancien soutien indéfectible du tandem Diomaye Faye-Ousmane Sonko, exprime sa déception :

« Cette décision nous a profondément affectés. Nous avions promis aux Sénégalais que Diomaye et Sonko formaient une équipe indissociable. Notre engagement était sincère, pas seulement des mots en l’air. Ces liens fraternels, partisans et institutionnels étaient réels. »

Le Premier ministre Sonko annonce l'abrogation de la loi d'amnistie en faveur de l'ancien président Macky Sall à Dakar le 27.12.24

Conflit institutionnel et enjeux parlementaires

La tension entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’est cristallisée lors d’une séance parlementaire houleuse. Ousmane Sonko a directement remis en cause certaines orientations gouvernementales, déclenchant une crise sans précédent. Ce mardi 26 mai 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise se réunit pour deux décisions majeures : la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député et l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée.

Ousmane Sonko avait temporairement suspendu son mandat parlementaire pour assumer les fonctions de Premier ministre. Son retour à l’hémicycle, si validé, en ferait la deuxième personnalité de l’État et marquerait un tournant dans l’équilibre des pouvoirs. Cette perspective suscite des craintes de blocage institutionnel, selon le politologue Malao Kanté :

« Ousmane Sonko incarne désormais l’opposition, mais celle-ci détient la majorité à l’Assemblée. Une motion de censure contre le prochain Premier ministre n’est pas à exclure. Cette situation risque d’entraîner une paralysie de l’État et de compliquer la gouvernance du pays. »

L’opposition dénonce une manœuvre anticonstitutionnelle

La démission du président de l’Assemblée nationale, El Hadj Malick Ndiaye, un proche d’Ousmane Sonko, a aggravé la crise. Le groupe parlementaire de l’opposition Takuu Walu a rejeté cette démission, la qualifiant de non conforme au règlement intérieur. Aïssata Tall Sall, présidente de ce groupe, a appelé le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour contester la réintégration d’Ousmane Sonko, la qualifiant de coup d’État constitutionnel.

Elle a averti : « Si le président ne réagit pas, c’est son propre fauteuil qui sera menacé par Ousmane Sonko. » Cette crise rappelle des épisodes historiques du Sénégal, mais la génération actuelle, selon Adama Fall, responsable politique du Pastef-Les Patriotes, saura éviter les erreurs du passé :

« Nous sommes une génération consciente. L’histoire ne se répétera pas de la même manière. Elle évoluera vers un avenir meilleur pour notre nation. »

En réponse à ces tensions, Bassirou Diomaye Faye a nommé un nouveau Premier ministre, le banquier Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien ministre d’État et cadre de la BCEAO. Ce dernier a souligné l’importance de l’unité nationale face à ce moment décisif pour le Sénégal.