Le Général Yacouba Isaac Zida a choisi une formule cinglante pour qualifier la politique menée à Ouagadougou : à ses yeux, la souveraineté ne se résume pas au droit de désigner son protecteur, elle exige les moyens concrets de ne plus en avoir aucun. Une charge qui vise directement le Capitaine Ibrahim Traoré et l’architecture de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’ensemble régional auquel le Burkina Faso a adhéré.
L’homme sait de quoi il parle. Ancien chef de l’exécutif de transition, radié de l’armée pour désertion et aujourd’hui exilé, Yacouba Isaac Zida porte lui-même les contradictions d’une caste militaire burkinabè qui tourne en rond, prise entre coups de force, promesses non tenues et instabilité chronique.
Le grand basculement : quitter Paris pour se ranger derrière Moscou
Rien n’illustre mieux cette ambiguïté que l’empressement du régime de transition à se rapprocher de Moscou, drapé dans une rhétorique de « rupture anti-impérialiste ». Derrière les slogans, la réalité ressemble davantage à une renégociation des termes de la subordination qu’à une conquête d’autonomie. Loin de se libérer de ses tutelles, le pays en cumule quatre.
Une défense nationale sous influence extérieure
Le projet affiché était celui d’un outil militaire souverain. Sur le terrain, le recours massif à des instructeurs et à des paramilitaires étrangers raconte une autre histoire. Quant aux vecteurs aériens, aux munitions et aux blindés légers régulièrement présentés comme « fabriqués localement », ils sont le plus souvent assemblés sur place à partir de pièces venues d’ailleurs : une subordination complète aux chaînes logistiques extérieures.
La dépendance alimentaire, angle mort du discours souverainiste
Difficile de parler d’auto-prise en charge quand la mise en scène médiatique autour de livraisons de blé russe devient un argument de communication. Les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les populations déplacées disent la même chose : l’État ne parvient pas à garantir la subsistance de base de ses citoyens.
Des finances de crise adossées à de nouveaux parrains
Incapable de financer son budget d’urgence à partir de ressources internes assainies, le pouvoir militaire multiplie les expédients et les prêts contractés auprès de nouveaux soutiens géopolitiques. Un choix qui hypothèque l’avenir économique des générations à venir.
Le verrou technologique et stratégique
Intrants agricoles, équipements énergétiques : faute d’un tissu industriel autonome, le pays continue de quémander au-delà de ses frontières ce qu’il ne sait pas produire.
L’AES, ou l’art de détourner le regard des urgences intérieures
La course à la création d’une armée confédérale et de structures supranationales au sein de l’AES ressemble à une fuite en avant. On empile les institutions pendant que le territoire national échappe largement au contrôle de l’État.
Confondre les échelles
Fusionner des souverainetés régionales avant d’avoir sécurisé les populations et consolidé les institutions de base relève d’un aveuglement stratégique. La priorité devrait être là, et non dans la construction de coquilles vides.
Une légitimité de pacotille
Sommets à répétition et déclarations enflammées servent surtout de blindage politique : pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment de toute planification rigoureuse et réaliste.
Un tuteur remplacé, pas une liberté conquise
La souveraineté véritable ne s’affiche ni dans les parades militaires, ni dans l’attente de cargaisons de céréales venues de l’étranger. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le Capitaine Ibrahim Traoré n’a pas émancipé le Burkina Faso : il lui a simplement donné un autre maître.
