Le gouvernement de transition burkinabè vient de frapper fort en suspendant, pour une durée de trois mois, deux regroupements musulmans. Cette mesure exceptionnelle intervient dans un contexte particulièrement tendu depuis l’interpellation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo, une personnalité religieuse dont les prises de position dérangent.
Deux associations dans le collimateur des autorités
Dans deux arrêtés rendus publics mardi, le ministère de l’Administration territoriale a justifié cette décision par des manquements graves aux obligations légales. La Coordination des jeunes musulmans du Burkina Faso est accusée d’avoir perturbé l’ordre public, tandis que l’association As Salam se voit reprocher des activités éloignées de ses statuts déclarés.
L’affaire Kindo au cœur des tensions religieuses
Ces suspensions surviennent à peine deux semaines après l’arrestation de l’imam Kindo, figure majeure de l’islam sunnite au Burkina Faso. Ce dernier avait publiquement dénoncé un projet de loi visant à renforcer le contrôle des pratiques religieuses dans un pays où l’islam représente près de 60 % de la population.
Depuis son interpellation le 26 mai, aucune information officielle n’a filtré concernant son lieu de détention. Plusieurs de ses partisans ont par ailleurs été interpellés après des rassemblements pacifiques exigeant sa libération.
Une politique de fermeté qui interroge
Depuis le coup d’État de septembre 2022 qui a porté Ibrahim Traoré au pouvoir, les autorités multiplient les mesures restrictives envers les voix dissidentes. Cette politique est officiellement présentée comme une réponse nécessaire à la menace jihadiste qui frappe le pays depuis plus d’une décennie.
Un bilan alarmant pour les libertés associatives
Entre avril et mai, pas moins de 811 associations ont été suspendues et 118 dissoutes pour non-respect des obligations administratives. Ces chiffres préoccupants alimentent les craintes d’un durcissement de l’espace démocratique dans ce pays du Sahel en proie à une crise sécuritaire sans précédent.