Un feu vert imminent pour UBA en France
Après seize mois d’attente et de négociations, l’United Bank for Africa (UBA), géant bancaire nigérian fondé par Tony Elumelu, s’apprête à recevoir son agrément bancaire complet en France. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), instance régulatrice française, devrait lui octroyer sous peu sa licence de banque de plein exercice. Une avancée majeure qui consacre des années de démarches administratives et renforce les liens économiques entre la France et le Nigeria, première puissance économique d’Afrique de l’Ouest.
Un processus semé d’embûches administratives
Le chemin vers cet agrément a été long et complexe. Signé en grande pompe lors d’un accord cadre à Paris il y a plus d’un an et demi, le projet a nécessité des ajustements considérables pour se conformer aux exigences strictes du secteur bancaire européen. Entre les contraintes réglementaires françaises et les ambitions régionales d’UBA, les discussions ont souvent été tendues, notamment lors de rencontres diplomatiques comme le sommet Africa Forward à Nairobi en mai dernier.
Lors d’une session du France-Nigeria Business Council, le dossier d’UBA a été explicitement évoqué en présence de responsables français et nigérians. « Ce n’était plus une question de volonté, mais de calendrier. Les deux parties ont dû harmoniser leurs priorités pour concrétiser cet agrément », confie un observateur impliqué dans les négociations. Un rendez-vous bilatéral a ainsi été organisé pour lever les derniers obstacles administratifs auprès des autorités monétaires françaises.
Paris se transforme en hub financier nigérian
Avec l’obtention de cette licence, UBA deviendra la troisième banque nigériane à s’implanter en France en tant qu’établissement de crédit. Elle rejoint ainsi Access Bank, implantée via sa filiale britannique depuis 2023, et Zenith Bank, qui a obtenu son agrément en septembre 2024. Ces trois institutions symbolisent l’ancrage croissant des géants bancaires africains dans la capitale française, facilitant les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique francophone.
UBA, pionnière nigériane à Paris depuis 2009 avec un simple bureau de représentation, franchit aujourd’hui une étape décisive. Son implantation en tant que banque commerciale de plein exercice s’inscrit dans une stratégie plus large visant à structurer un pôle financier nigérian en France, au service des entreprises souhaitant développer leurs activités transfrontalières.
Un timing politique stratégique
L’homologation d’UBA coïncide avec un calendrier politique chargé. Tony Elumelu doit quitter la présidence du conseil d’administration du groupe le 21 août, laissant la place à Emmanuel Nnorom. Pourtant, l’annonce officielle de l’ouverture de la succursale parisienne pourrait être savamment orchestrée lors de la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Nigeria, prévue fin octobre. Une occasion en or pour célébrer ce rapprochement économique.
Les relations entre les deux hommes se sont renforcées récemment. En mars, Macron a nommé Tony Elumelu à la tête de l’Africa France Impact Coalition, une initiative visant à dynamiser les partenariats économiques entre l’Afrique et la France. Ce projet, né lors du sommet de Nairobi, s’appuie sur des acteurs industriels des deux continents pour stimuler les investissements mutuels.
Heirs Holdings accélère sa conquête des marchés mondiaux
Pour le milliardaire nigérian, cette licence française n’est qu’une étape dans une stratégie d’expansion mondiale bien plus ambitieuse. UBA, intégré au sein du holding Heirs Holdings, diversifie ses activités dans l’énergie, l’hôtellerie de luxe et les services financiers. Parallèlement, sa filiale United Capital, banque d’affaires du groupe, a récemment ouvert des antennes en Éthiopie et au Rwanda, renforçant la présence du groupe sur le continent africain.
En s’installant au cœur du marché financier européen, UBA ne se contente pas d’accompagner les entreprises françaises vers l’Afrique de l’Ouest. Elle se positionne également comme un partenaire clé pour les champions économiques africains souhaitant conquérir les marchés européens. Une passerelle bancaire désormais opérationnelle, prête à jouer un rôle central dans le renforcement des échanges entre Paris et Lagos.