Il fut un temps où Yaoundé n’était qu’une modeste agglomération lovée entre sept collines, un village paisible où la vie s’écoulait au rythme des traditions camerounaises. Mbarga Obama, centenaire aujourd’hui, se souvient encore avec émotion de cette époque révolue : «La ville de mon enfance, celle que j’ai connue il y a plus de vingt ans, n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Les collines se sont couvertes de buildings, les rues se sont élargies, et ce qui n’était qu’un simple village s’est métamorphosé en une métropole dynamique».
De l’extension urbaine à la métamorphose architecturale
Autrefois, l’espace urbain de Yaoundé se limitait principalement au plateau Atemengué, avec quelques avancées timides vers des quartiers comme Mokolo ou Nlong-Kak. Le reste du territoire affichait un visage semi-rural, où les champs et les cases en terre dominaient le paysage. «À l’époque, on pouvait traverser des zones encore sauvages en quelques minutes seulement», confie un ancien habitant. Aujourd’hui, ces mêmes espaces ont cédé la place à des quartiers densément peuplés, où chaque année, des milliers de Camerounais viennent s’installer, attirés par les opportunités offertes par la capitale politique.
Cette croissance démographique fulgurante soulève des questions cruciales pour les urbanistes. Blaise Feugang, délégué départemental du ministère de l’Habitat et du développement urbain dans le Nyong et So’o, partage son analyse : «Yaoundé doit impérativement opter pour une urbanisation verticale plutôt que pour l’étalement horizontal actuel. Construire en hauteur permet d’optimiser les coûts d’équipements tout en préservant l’esthétique de la ville. Des immeubles bien conçus contribuent à embellir le cadre de vie urbain».
Vers un modèle de ville durable et attrayante
Face à cette expansion incontrôlée, de nombreux experts camerounais estiment que la capitale politique du Cameroun gagnerait à être délocalisée pour mieux répondre aux standards internationaux. Une telle mesure permettrait non seulement de désengorger Yaoundé, mais aussi d’améliorer significativement les conditions de vie des familles en facilitant l’accès à des habitats décents.
En attendant, la ville continue de se transformer, entre héritage culturel et modernité architecturale. Les collines, autrefois silencieuses, résonnent désormais du bruit des chantiers et de la vie citadine. Yaoundé, symbole d’un Cameroun en pleine mutation, incarne cette quête d’équilibre entre tradition et progrès.