Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)

Africa Corps, la milice russe qui redessine l’influence de Moscou au Sahel

Après des années de présence discrète mais déterminante, Africa Corps, l’héritière controversée de Wagner, vient de perdre un bastion stratégique au Mali. Pourtant, cette organisation paramilitaire reste un pilier pour les ambitions géopolitiques de la Russie en Afrique.

Le week-end dernier, le nord du Mali a été le théâtre d’affrontements d’une rare intensité. Des groupes armés, alliés à la rébellion touarègue, ont lancé des attaques coordonnées contre les forces pro-junte dans plusieurs zones clés, dont Bamako. Le bilan est lourd : le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort lors de ces combats, un événement qui marque un tournant dans la crise sécuritaire du pays.

À Kidal, carrefour stratégique de l’est malien, un tournant décisif s’est produit. Après des jours de résistance acharnée, les combattants d’Africa Corps, milice paramilitaire russe, ont finalement évacué la ville sous la pression des rebelles. Cette retraite, négociée dans l’urgence, démontre la fragilité des positions russes dans la région, malgré des années de soutien logistique et militaire à la junte de Bamako.

Derrière Africa Corps se cache une structure militaire aussi discrète que redoutée. Officiellement créée en 2023, cette entité aurait été pensée pour succéder à Wagner, dont les fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans un accident aérien en août 2023. Son commandement est directement lié au vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov, et à des cercles proches du Kremlin.

Le nom même d’Africa Corps n’est pas anodin. Il rend hommage à l’Afrikakorps, unité allemande de la Seconde Guerre mondiale, un choix symbolique qui n’a pas manqué de choquer. Pourtant, Moscou justifie cette milice par un discours anti-occidental et anti-néocolonial, promettant aux pays africains une souveraineté retrouvée.

Des ambitions claires, une méthode différente

Contrairement à Wagner, souvent critiqué pour ses exactions, Africa Corps mise sur une approche plus discrète et institutionnelle. Son objectif affiché ? Renforcer les régimes alliés de la Russie en leur fournissant des troupes, des armes et une formation militaire. Le Burkina Faso, le Niger, la Libye et la République centrafricaine figurent parmi ses zones d’influence croissante.

Un rôle pivot au Mali, malgré les revers

Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines de mercenaires pour soutenir la junte. Son intervention vise à contrer la rébellion touarègue et à sécuriser les intérêts de Moscou, notamment dans les régions riches en minerais. Mais cette présence est désormais contestée, comme en témoigne la perte de Kidal.

Pour la Russie, le Mali reste un enjeu majeur. Après le retrait des forces occidentales, notamment françaises, Moscou cherche à combler le vide et à étendre son influence. Les ressources naturelles et les routes migratoires du Sahel sont des cibles prioritaires, tout comme l’affaiblissement des puissances occidentales dans la région.

Malgré son image plus policée, Africa Corps n’est pas épargné par les critiques. En 2024, le Royaume-Uni a sanctionné le groupe pour des violations des droits humains et l’exploitation des ressources locales à des fins lucratives. Une réputation qui rappelle celle de son prédécesseur, Wagner, et qui pourrait freiner son expansion.