Face à l’étau qui se resserre sur la capitale, Amnesty International exhorte les combattants du JNIM à garantir la sécurité et la libre circulation des populations civiles au Mali. Depuis la fin du mois d’avril, les insurgés imposent un blocus routier sévère à Bamako, une situation qui menace directement l’approvisionnement de cette métropole enclavée et dépendante des flux routiers.
Selon l’organisation de défense des droits humains, ces restrictions de mouvement pourraient engendrer des crises sanitaires et alimentaires majeures, mettant en péril le droit à la vie des citoyens. L’ONG pointe notamment du doigt une attaque survenue le 6 mai dernier contre un convoi de transport civil circulant entre Bamako et Bougouni, dans le sud du pays. Bien que les camions transportaient uniquement des denrées commerciales comme des fruits et ne bénéficiaient d’aucune protection militaire, ils ont été pris pour cibles par les insurgés.
Intensification des opérations militaires et tensions au nord
Parallèlement, les forces armées maliennes préparent une intensification de leurs frappes sur Kidal. Cette ville stratégique est actuellement sous le contrôle des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de leurs alliés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Alors que l’armée multiplie les offensives, les séparatistes touareg affirment de leur côté détenir environ 200 soldats maliens capturés lors des récents affrontements.
Sur le terrain, les conséquences pour les habitants sont palpables. À Kidal, les réseaux de communication sont instables et les coupures d’électricité se multiplient, rendant le quotidien des résidents extrêmement difficile. À Gao, bien que la ville demeure sous contrôle gouvernemental, l’insécurité se traduit par une flambée des prix : le coût de certaines denrées de base, comme l’oignon, a ainsi doublé en peu de temps, alimentant une méfiance généralisée au sein de la population.
Une crise profonde au centre du pays
Le centre du Mali n’est pas épargné par cette dégradation sécuritaire. De vastes zones, notamment sur la rive gauche du fleuve Niger dans les régions de Ségou et de Koulikoro, échappent désormais à l’autorité de l’administration publique. Dans ces localités, les groupes armés imposent la zakat et dictent leur loi, entraînant la fermeture de milliers d’établissements scolaires. On dénombre plus de 2 300 écoles closes à travers le pays, principalement dans le nord et le centre.
Pour de nombreux observateurs, l’impasse actuelle nécessite une approche politique. Si les autorités militaires refusent officiellement de dialoguer avec ceux qu’elles qualifient de terroristes, des échanges informels auraient déjà eu lieu par le passé pour sécuriser certains approvisionnements vitaux, comme le carburant. L’ouverture d’un dialogue inclusif avec toutes les composantes de la nation semble être, pour plusieurs experts, l’unique voie pour stabiliser durablement le Mali et mettre fin aux exactions subies par les populations civiles.