Burkina Faso : derrière le rétablissement de la peine de mort, une guerre intestine entre putschistes

Burkina Faso : derrière le rétablissement de la peine de mort, une guerre intestine entre putschistes

Les urnes ne suffisaient plus. Au Burkina Faso, le gouvernement militaire du capitaine Ibrahim Traoré a choisi une autre voie pour assoir son autorité : la justice immédiate et sans appel. Par un vote unanime de l’Assemblée législative de transition, la peine de mort fait son retour dans le Code pénal, balayant d’un revers de main près de six années de répit juridique. Officiellement, cette décision s’affiche comme une réponse à l’insécurité et aux trahisons, portée par un slogan sans appel : « La clémence, c’est fini ». Mais derrière cette façade de fermeté nationale, une réalité beaucoup plus crue émerge : le régime d’Ibrahim Traoré s’apprête à utiliser cette arme judiciaire pour régler ses comptes politiques, à commencer par son prédécesseur déchu, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

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Une répression calculée pour éliminer les rivaux

Le timing n’a rien d’anodin. En rétablissant la peine capitale, le pouvoir actuel met en place le cadre légal nécessaire pour condamner à mort l’ancien chef de l’État de transition, poursuivi pour « haute trahison » et « conspiration contre la sûreté de l’État ». Pour les observateurs avertis, cette réforme n’est pas une simple mesure de sécurité : c’est un instrument juridique sur mesure, conçu pour neutraliser définitivement les adversaires politiques.

En supprimant toute possibilité de grâce ou de réduction de peine, le régime d’Ibrahim Traoré enverrait un message clair aux opposants et aux dissidents militaires. Paul-Henri Sandaogo Damiba incarnerait alors la première cible d’une justice désormais sans merci, transformée en outil de terreur politique.

Quand la justice devient l’otage des calculs putschistes

Cette escalade judiciaire révèle une ironie mordante : Paul-Henri Sandaogo Damiba risque aujourd’hui de payer de sa vie les méthodes qu’il a lui-même utilisées pour s’emparer du pouvoir. En janvier 2022, il renversait le président élu Roch Marc Christian Kaboré par la force, salué alors comme un « sursaut patriotique ». Moins d’un an plus tard, le capitaine Ibrahim Traoré reproduisait le même scénario, destituant Damiba au nom du même « devoir de libération ».

Pourtant, ce qui était autrefois justifié par la nécessité nationale est aujourd’hui requalifié en crime capital. Les mêmes actes, condamnés quand ils servaient les intérêts d’un camp, deviennent des motifs d’exécution lorsqu’ils s’opposent à un autre. Cette contradiction flagrante met en lumière l’instrumentalisation croissante de la justice comme arme de vengeance politique au sommet de l’État.

Le cercle vicieux des putschs et des vengeances

En refusant catégoriquement toute clémence, Ibrahim Traoré s’enferme dans une logique autodestructrice. L’utilisation de la peine de mort pour régler des comptes internes à l’armée ne fait qu’alimenter un cycle de violence sans fin. L’histoire des régimes militaires enseigne une leçon implacable : ceux qui brandissent aujourd’hui l’épée de la justice pour frapper leurs prédécesseurs pourraient bien en être les victimes demain.

Le Burkina Faso, déjà fragilisé par des années de crise sécuritaire et de coups d’État à répétition, se trouve face à un dilemme cornélien. Entre la recherche d’une stabilité illusoire et la perpétuation d’un système où la force prime sur le droit, le pays pourrait bien glisser vers un abîme plus profond encore.

Qui est vraiment menacé par cette justice à double tranchant ?

Si Paul-Henri Sandaogo Damiba est la cible la plus médiatisée, il n’est pas le seul à être exposé. D’autres figures de l’opposition et des factions dissidentes au sein des forces armées pourraient rapidement se retrouver dans le viseur de cette justice expéditive. Le retour de la peine capitale n’est pas seulement une déclaration de guerre contre un individu : c’est une menace généralisée contre toute velléité de contestation du pouvoir en place.

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir si Damiba sera condamné à mort. Elle est aussi de comprendre jusqu’où ira l’appareil judiciaire dans sa chasse aux sorcières, et ce que restera du Burkina Faso quand la vengeance aura achevé son œuvre.

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